Trêve entre inclusifs et identitaires: place au Québec libre

2 octobre 2016 | Roméo Bouchard | Jean-François Hotte | Québec

Jean-François Hotte,  27 ans, génération Y, Star Wars, Montréal.

Étiquette : sale inclusif et bizounours. Indépendantiste.

Roméo Bouchard, 80 ans, génération préboomers, Star Trek, région du Bas-St-Laurent.

Étiquette : vieil identitaire, vilain perdant des deux référendums. Indépendantiste.

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Les dodos de Jean-François Lisée


Cher Jean-François,

Puisque tu comptes «les dodos» avant l’élection, je vais me permettre de te tutoyer. Depuis ce jour-là, tu es un peu devenu le Grand-Papa Bi des Québécois. J’aime l’idée qu’on est devenus amis, toi et moi. J’imagine que si je te vouvoyais, tu me ramènerais surement à l’ordre : « HEYE! Appelle-moi Jean-François, Monsieur Lisée, c’était mon père ! »

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Ma petite sœur, comment je te dirais bien ça !

Voilà que tu repars demain en avion pour la Suède, rejoindre ton mari avec tes enfants, le parfait bonheur pour toi. Ça paraît dans tes yeux, une famille, des bébés, un chum qui t’aime, des voyages. Tout ce que tu désirais. Je réalise aujourd’hui à quel point c’est du travail d’avoir des enfants, surtout deux en si peu de temps. T’es épuisée, mais tu gardes le sourire, je ne laisserai plus jamais un vieux macho dire que c’est facile élever des enfants pendant que les hommes vont travailler. Sincèrement, je ne serais jamais capable de faire ce que tu fais et c’est probablement la chose que tu fais le mieux. Tu le sais, tu me connais, moi pis le bonheur, c’est compliqué. Ton grand frère se cherche encore à 27 ans, et il connaît constamment des hauts et des bas, des peines et des joies. Pendant que tu montes les échelons de la vie plus rapidement qu’Elaine Thompson « Google it », moi, je suis toujours à la recherche d’un sens à la mienne. Tu le sais déjà, dans ma tête c’est embrouillé, mais quand je vais moins bien, tu es toujours là pour moi. Lire la suite Ma petite sœur, comment je te dirais bien ça !

Maripier Morin et Winston McQuade. Même combat.

Des victimes de la société, le temps d’une campagne publicitaire.

Je ressens toujours un profond malaise lorsqu’un publicitaire ou une grande entreprise récupère des enjeux sociaux le temps d’une publicité. Afin de célébrer le 40ième anniversaire de Greiche & Scaff, l’audace des marketeux a monté d’un cran. Lire la suite Maripier Morin et Winston McQuade. Même combat.

La gauche, la droite, pas une raison pour se faire mal !

À la base, le travail du journaliste est de relayer l’information et susciter des débats dans notre société. Le journaliste ne devrait jamais créer de l’information. Il doit plutôt rapporter l’information et les faits en se basant sur des recherches crédibles ou en transmettant les confidences d’un individu sur un sujet en particulier, et ce avec justesse, éthique et intégrité. De son côté, le chroniqueur peut se baser sur des histoires personnelles, sur son intuition, sur ses émotions et ses constatations. Le chroniqueur peut « créer » de l’information et des créateurs d’information, il y en a des tonnes au Québec. Lire la suite La gauche, la droite, pas une raison pour se faire mal !

2034, ma vision pessimiste de l’humanité.

Ce que vous allez lire n’engage que moi, loin d’être un scientifique ou le prochain Nostradamus. À titre d’être humain, je m’efforce d’imaginer un monde meilleur, un monde plus pacifique où il fera bon vivre. Il y a plusieurs enjeux majeurs qui dessineront le futur, des défis d’une envergure mondiale.

Sur le balcon, je fume une cigarette. Déjà là, je n’écoute pas les médecins qui me disent qu’il y a des risques que j’en meure du cancer. Un comportement très humain. On arrête de fumer, seulement lorsqu’on souffre. Les fêtards sont retournés se coucher, bien bourrés, je n’entends plus la musique et le piochage chez mes voisins. Il y a quelques adultes qui jouent à Pokémon Go sur le trottoir, des sédiments perdus du dernier rassemblement, pas loin du Métro Atwater.

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Le nationalisme pure laine.

Avertissement : Ce texte s’adresse à une minorité de souverainistes au Québec. Une minorité grandissante. Le discernement du lecteur est conseillé.

C’est toujours fascinant, ces fameux messages de gens courageux, qu’on reçoit en privé sur Facebook.

«Je pensais que t’étais de notre bord, t’es du bord des immigrants», «Bon succès dans les petites ligues du Plateau Mont-Royal.», «tu défends les musulmans?», «malgré que vous soyez doué d’un certain talent de plume pour décrire la réalité. C’en est trop. Adios amigo. Je me désabonne.»

Merde, on est plus amis? Terminé la lune de miel?

Quand c’est rendu que des dames et des messieurs dans la soixantaine, m’envoie des discours d’imams sur Facebook, au lieu de profiter de la vie et du soleil, c’est qu’on a frappé le fond comme société. J’ai reçu au moins une dizaine de vidéos d’intégristes de différentes personnes. «Regarde! Tu as vu le vidéo, c’est ça le véritable visage de  l’Islam. On ne peut pas laisser entrer des musulmans ici !» Sincèrement, où s’en va le Québec? À quel point avons-nous besoin de cette haine envers l’autre pour se sentir rassuré? Est-ce qu’on peut recommencer à parler du Québec, de l’économie, de l’austérité et des enjeux pressants pour notre province?

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Encore un coup de Mathieu Bock-Côté.

Réaction au texte de Mathieu Bock-Côté, publié dans le Journal de Montréal. 

« Islamisme. La première chose à faire est de le nommer, contrairement à ce que font de nombreux commentateurs, qui préfèrent parler du terrorisme en soi en termes vaporeux. » – Mathieu Bock Côté, de descendance française, gaulliste, pure laine.

Ne pas utiliser le terme islamisme, c’est vaporeux ? Pourquoi ? Les autres termes ne prêtent pas suffisamment à confusion ? Ces mots ne mettent pas assez en valeur l’amalgame que vous tentez de faire à tour de bras entre les musulmans et les islamistes ? C’est quand même cocasse, le mot amalgame provient de l’arabe, ‘amal al-djamā. Lire la suite Encore un coup de Mathieu Bock-Côté.

Les gens comme toi.

Ce n’est plus un secret, ma blonde est musulmane. Une jolie brunette montréalaise, je n’ai pas pu résister. Elle s’autodéfinit comme une Québécoise d’origine libanaise. Sans renier son pays natal, qu’elle adore. Sur le marché du travail, en génie, elle a passée toute sa vie adulte ici. Elle n’est pas très pratiquante, sauf pendant le ramadan. Pour elle, la foi se retrouve dans son quotidien, pas dans les mosquées. Des petits gestes simples, des valeurs transmises par sa famille, par sa mère surtout. La gentillesse. Avec ses amis, avec ses collègues au travail. Hier encore, elle a donné notre ancien climatiseur à un collègue de travail dans la soixantaine. Un petit geste. La semaine dernière, elle a aidé la voisine avec son jardin. Pour elle c’est ça l’Islam: la compassion, aider les autres. Rien à voir avec ce que certains politiciens racontent. Rien à voir avec l’islamisme radical qui en mélange et en embrouille plus d’un. Elle me parle souvent de souveraineté. Je trouve ça beau. Elle ne se reconnaît pas dans le reste du Canada. On a failli la perdre avec la charte des valeurs, mais elle a changé d’avis. « Je suis Québécoise moi, pas Canadienne ! »

Hier soir, en revenant du bureau, elle était furieuse. Une collègue s’est approchée d’elle pour lui dire : « est-ce que ça te fait de quoi, quand les gens comme toi font des actes terroristes ? » Elle a répondu spontanément : « Les gens comme moi ? Une Québécoise a commis un attentat terroriste, où ça ? » Puis, elle a quitté la pièce, en colère. Il faut dire qu’elle a de la répartie, ici depuis huit ans, ce n’est pas la première fois que des gens racistes ou maladroits lui posent des questions du genre. Surtout lorsque les médias et les politiciens québécois alimentaient les débats entourant la charte. Les stéréotypes, les blagues désagréables, elle les a toutes entendues. Ça ne faisait pas un mois que nous étions ensemble, qu’un vieux bonhomme sur Laurier s’est approché de nous. On mangeait une crème glacée sur un banc de parc, tsé, les activités quétaines du début. À mi-chemin entre la Ronde et le belvédère du Mont-Royal. L’amour ! Puis cet homme a lancé agressivement : « J’aime les Américains, les Chinois, les Noirs, les Russes, mais vous autres les Arabes, chu pas capable ! » Et il a quitté, comme ça, il a continué son chemin. Sur le coup, on a éclaté de rire ! Ensuite, j’ai ressenti un grand malaise, j’avais tellement honte de nous. Esti de raciste. Loin de jouer à la victime, elle a sourit et elle a dit : arrête, ce n’est pas grave, je suis habituée. Je me suis questionné longuement, il vient d’où ce racisme systémique ? Du 9/11 ? Du nationalisme ? Du siècle dernier ?

J’en ai plus que marre de cette ignorance crasse. De Donald Trump et Marine Le Pen qui jette de l’huile sur le feu en misant sur la division. Il y a un mois, ma blonde m’a demandée, tu crois qu’un jour, ils voudront interdire les musulmans au Québec ? Et j’ai pensé à tous ces bonshommes, toutes ces femmes qu’on entend japper plus fort que les autres : « si c’était moi, je les renverrais toutes dans leur pays. » Les mêmes qui disent : « je ne suis pas raciste, mais ! ». Il y a un grand défi à surmonter présentement, ne pas succomber face aux amalgames. Ne pas baisser les bras devant ces politiciens qui veulent s’approprier notre flamme nationaliste, contre l’inclusion, contre « les autres. » Je vais vous le dire, ce n’est pas comme ça qu’on va bâtir un pays. Il faut arrêter d’associer ces centaines de fondamentalistes haineux avec des millions de gens pacifiques. Rappelons qu’il y a près de deux milliards de musulmans sur la planète, près de cinq millions en France.

Sans être naïf, il y a une grande menace à nos portes. Les « terroristes » sont en guerre. Les premiers qui condamnent ces actes, ce sont justement les musulmans, vous devriez voir le feu dans ses yeux après chaque attentat. Rappelons que la plupart de ces tragédies sont au Moyen-Orient. L’horreur. Je me questionne beaucoup sur la cause de ces événements, mais surtout sur la façon de régler la situation. Il ne faut pas répondre à la haine par le racisme, la déchéance et l’exclusion.

Donald Trump nous le répète, we have to bomb the shit out of them ! Et les douchbags applaudissent. Comment pouvons-nous bombarder un homme caché dans un appartement en Tunisie ? Des individus éparpillés dans des cellules en Égypte, en France, en Belgique, aux États-Unis, au Canada, en Allemagne ? Il faudrait répéter les erreurs de George W Bush en tuant des milliers d’innocents ? N’est-ce pas justement cette folie meurtrière qui a créé l’État islamique ? Alors, la déportation de tous les musulmans, l’interdiction au territoire, ériger un mur. C’est la vision de l’aspirant à la présidence aux États-Unis. Ce n’est pas rien. Tuer des milliers d’innocents au Moyen-Orient, en essayant d’arrêter des terroristes éparpillés partout sur la planète. C’est ça le plan ?

Marine Le Pen propose quelque chose de similaire, il faut trouver des solutions, elle instrumentalise la peur bien présente en France, après chaque attentat pour son capital politique. Il faut résister à ce discours du Front National. Son programme est bien clair, réduire l’immigration, fermer les mosquées, déporter les nouveaux arrivants, radier la culture musulmane en France. Une mauvaise lecture, l’ignorance dans toute sa médiocrité. Pour elle, c’est clair, la faute revient au gouvernement actuel. « Cet attentat revendiqué par Daech est la conséquence d’une idéologie meurtrière, qu’on laisse se développer à l’intérieur de la France, l’idéologie du fondamentalisme islamiste. Il est aussi la conséquence de carences gravissimes de l’État, dans sa mission première, la protection de nos compatriotes. » C’est ce qu’elle a vomi encore ce matin.

Marine Le Pen croit avoir la solution. Il faut être prétentieux quand même, avoir une solution au terrorisme. Des centaines d’intellectuels dénoncent son discours, mais non, elle est convaincue. C’est elle qui a raison. C’est Marine ! Je n’en peux plus de ce discours simpliste, de ces mensonges. Selon elle, il faut imposer plusieurs révisions, du contrôle des frontières à l’immigration illégale et l’immigration massive qu’elle juge « anarchique ». Il faudrait réviser le code de la nationalité. Il y a peut-être un problème de ce côté, mais  en quoi c’est une solution pour détruire Daech ? Il faudrait m’expliquer. C’est ce qui va empêcher un fondamentaliste religieux, un étranger de venir en France pour faire exploser une bombe ou rouler sur des innocents avec un camion. C’est quoi cette connerie ? Il faut faire attention aux amalgames.

Encore une fois, Marine Le Pen joue sur les mots. Elle croit que le problème vient de l’intérieur. Elle confond les musulmans en France avec l’islamisme radical. Ce sophisme est devenu sa marque de commerce. Comme Donald Trump. La peur de l’autre, c’est devenu payant en politique. Elle monte dans les sondages, plus la France a peur, plus elle gagne des points. Tout pour créer des tensions entre les nationalistes français et les musulmans. Tout pour entendre ces mots plus souvent. « Est-ce que ça te fait de quoi, quand les gens comme toi font des actes terroristes. » Les gens comme toi.

Je vais vous le dire, je n’ai pas de solution au terrorisme, je n’ai pas cette prétention. Tout comme je n’ai pas de solution à l’ignorance, à la guerre dans le monde, à la famine et à la violence. Des mots très humains. Marine Le Pen traite les intellectuels et les gauchistes « d’angéliques » pour l’approche pacifiste et compréhensive du problème. Elle traite les gauchistes de calinours. Elle ridiculise ceux qui cherchent à comprendre ce qui a mené cette barbarie.  Elle méprise ceux qui étudient les motifs de ces morts-vivants. On ne peut pas régler ce problème systémique, en ignorant les causes. Les causes ? L’ignorance, la haine, les inégalités, la survie, l’impérialisme, la jalousie. Les hommeries. Des gens abandonnés par la société, des enfants de la guerre, des enfants endoctrinés suite à l’invasion de l’Irak et de l’Afghanistan, un manque d’aide humanitaire pendant la guerre civile en Syrie. Comme société au Québec, nous ne pouvons peut-être pas empêcher ce fondamentalisme religieux, ces actes de terreur. Par contre, pouvons-nous travailler ensemble sur l’inclusion, sur l’ouverture d’esprit, qui, je le crois sincèrement, peut aider à améliorer notre société et peut-être un jour, qui sait, empêcher l’endoctrinement d’une personne sans repères.

Confidences d’un angoissé

J’ai une confidence à vous faire. Depuis que je suis tout jeune, j’ai des troubles d’adaptation, de l’anxiété, de l’angoisse passagère. Un différent psychiatre, un différent diagnostic. Heureusement, ce n’est pas chronique. Je pense qu’on vit tous avec ça, un peu, à notre manière. Il faut noyer le mal dans l’humour. Il faut tuer le père. «Fait des blagues!», «Si tu as une crise d’anxiété, fait rire les gens!» C’est ce que le dernier psy m’avait dit. «Heye le cave, quand j’ai le cœur dans gorge, mon sac à blague, je l’ai dans le cul.»  Il ne l’a pas trouvé drôle. J’allais beaucoup mieux. Bref. Il y a différentes façons d’extérioriser l’angoisse. L’isolement. La colère. L’écriture. Méditer. Respirer. Je me dis que le tueur à Nice, le Franco-Tunisien, il n’avait surement pas ce luxe lui. Extérioriser ou consulter un psychiatre. Ce luxe là, ça ne s’achète pas avec de l’argent, ça s’achète avec de l’amour.

Parfois, la nuit, comme en ce moment, je ressens tout le poids de la société sur mes épaules. C’est ce qui me pousse à me lever à 4 h 43 pour écrire quelques lignes. Tu vas où bébé? Fais dodo, je reviens tantôt. OK. Elle se rendort, je retourne dans mon bureau. Je ne le vous cacherai pas, des événements comme l’attentat à Nice, ça m’affecte toujours. C’est comme les tremblements de terre, ça réveille l’homme mort en moi. J’ai le goût d’écrire, je tourne en rond dans mon lit, incapable d’arrêter de penser. C’est maladif. Il faut dire qui fait chaud en tabarnac. Ça non plus, ça n’aide pas.

Je n’ai jamais compris pourquoi, elle était là cette pesanteur, cette peur. La société ? Peut-être. Ça me rappelle la fois où j’ai perdu mon chien, il faisait des crises d’épilepsie, on le serrait dans des couvertes, puis on le collait près de nous pour le rassurer. Le temps que ça passe. Mais ça coûte cher un chien malade. Ma mère payait déjà pour le collège privé, le père n’était pas là, on a dû se débarrasser du chien. Chaque crise, j’avais peur qu’il meurt dans mes bras. On a fini par le piquer, faute d’argent, il était trop malade. Trop cher le vétérinaire, les médicaments. «On achètera un chat les enfants.»

Je me suis souvent senti comme ce chien, sauf que moi, ce serait bizarre qu’on m’enveloppe dans des couvertes pour me rassurer. Ça fait longtemps que je n’ai pas souffert de ces problèmes, plusieurs mois même. J’ai consulté, ça fait du bien. Parfois, on devient tellement cynique devant l’absurdité de la vie, qu’on ne ressent plus rien.

Mes dernières crises d’anxiété sérieuses remontent à mon travail de répartiteur, pour la police. Téléphoniste au 911, toute une carrière pour un écrivain fraichement revenu de Fort McMurray. J’étais l’oreille des plus démunis, ça me faisait du bien. Tel-Drames. «911 Bonjour» je me rappelle encore, un appel anodin, un itinérant dans un Tim Horton en plein hiver, il venait se coucher sur un banc pour se réchauffer. L’anxiété. Je n’ai jamais été capable de lire les quelques lignes sur mon moniteur. Après trois phrases, j’ai fondu en larmes. Ma tête dans les mains. Anéanti. Les gens autour de moi étaient endormis, personne s’en ai rendu compte. J’ai demandé un remplacement au boss qui jouait à Tetris sur son ordinateur.  Je suis allez aux toilettes pour me pitcher de l’eau froide dans face devant le miroir. Pour que personne remarque mon état d’esprit. Fatigué. La gorge nouée, le cœur qui palpite. En temps supplémentaire, à 4 heures du matin. Juste après les appels de violence conjugale, les bars et les facultés affaiblies. Ce n’est pas cet appel en particulier qui m’a étranglé, c’était un appel très banal. C’est l’accumulation, la négativité, quarante heures semaine, dans mon casque d’écoute. Une prison pour le cerveau humain. Quelques semaines avant l’appel du Tim, une policière blessée par balle, une nuit d’enfer. Deux jours avant, un homme en panique avait tiré dans les deux lits de ses enfants, au sous-sol. Ils n’étaient plus là. Je me rappelle de toutes ces histoires, le fils qui décroche son père, la mère qui appelle pour sa fille suite à une tentative de suicide. L’homme violent. La dame âgée. Seule. Je me rappelle aussi des pauvres, tellement pauvres, qu’ils t’appellent la nuit pour te jaser. Nos clients réguliers, c’est ce qu’on disait.

Je me suis toujours demandé si elle venait de là ma sensibilité, ma compassion pour les plus faibles, mon anxiété. Puis y’a mon chat qui vient me donner des coups de tête et ma blonde qui va pisser avant de se lever pour allez travailler. Tout redevient normal, chaque fois. Ça me fait rire. La vie est belle. Ma soeur est sur le bord d’accoucher !

Bonne journée, les amis, c’est vendredi. Bières pour tout le monde, c’est ma tournée! Je retourne me coucher.