Archives pour la catégorie Confidences d’un angoissé

Les chroniques du gardien # 1

3 am…

Nouvel emploi. Gardien de sécurité au Château. Retour aux sources. Faut ce qu’il faut. Ça fait du bien de parler aux gens. Les itinérants qui viennent se réchauffer pour faire caca, les ivrognes, les fêtards et les sniffeux de poudre dans les chiottes. Des gens qui parlent beaucoup à trois heures du mat’. Je me sens comme une barmaid. Hier, j’ai mis fin à une bousculade, deux jeunes professionnels arrogants qui avaient passé trop de temps dans les toilettes. La drogue des riches. Invincibles, ils s’amusaient à se plaquer sur les murs, le problème, c’est les dommages. C’est moins drôle de payer le lendemain. Lire la suite Les chroniques du gardien # 1

Reblochon et politique, mon voyage en France

La vie est bonne avec moi dernièrement. J’ai trouvé un remède à mon mal de vivre, mieux manger et marcher de longues heures pendant mes voyages, lever mon gros cul et découvrir l’Islande, les quartiers de Paris, Auch, Toulouse et Barcelone. Tout un remède. Je n’ai même plus besoin de gober des pilules la nuit, je suis tellement fatigué quand je reviens de mes aventures, un petit verre de vin et je dors comme un bébé. Lire la suite Reblochon et politique, mon voyage en France

À bientôt les amis !

Ça fait longtemps que je ne vous ai pas écrit ! Je ne savais pas trop quoi dire. Dernièrement, je me suis concentré sur mon roman, j’ai bu un peu, c’était mon anniversaire et j’ai essayé de dormir… sans succès. Octobre. Quelque chose comme une fatigue saisonnière. Je suis allez voir la pharmacienne, elle m’a conseillé de prendre de la mélatonine pour mon sommeil. Encore ça ! Lire la suite À bientôt les amis !

Le masculinisme et la culture du viol

Si vous ne le saviez pas déjà, les garçons ne sont pas tous des hommes roses ou des féministes qui dénoncent les inégalités fondées sur le genre. Une panoplie d’hommes voient encore les femmes comme des proies sexuelles et conçoivent le rapport entre les sexes comme mon arrière-grand-père. J’ai longtemps été le dernier des demeurés, le gars qui pouvait boire plus que les autres dans des concours de calage, celui qui était prêt à tout pour faire rire ses amis et pour obtenir le respect de sa meute. J’étais aussi celui qui angoissait à la sortie des bars, si je ne réussissais pas à quitter avec une fille accrochée à mon bras, parce que mes amis allaient parler juste de ça le lendemain. Encore hier, un vieil ami du secondaire m’a appelé. Après trente secondes, il m’a demandé avec qui je « fourrais » ces temps-ci, pour lui c’était une question anodine comme : « pis, comment va ta mère ? » ou «as-tu hâte que la saison de football commence?» Je n’ai même pas eu le temps de répondre à sa question qu’il me racontait déjà, avec fierté, ses récentes prouesses sexuelles. La conversation n’a pas duré longtemps. Lire la suite Le masculinisme et la culture du viol

Ma petite sœur, comment je te dirais bien ça !

Voilà que tu repars demain en avion pour la Suède, rejoindre ton mari avec tes enfants, le parfait bonheur pour toi. Ça paraît dans tes yeux, une famille, des bébés, un chum qui t’aime, des voyages. Tout ce que tu désirais. Je réalise aujourd’hui à quel point c’est du travail d’avoir des enfants, surtout deux en si peu de temps. T’es épuisée, mais tu gardes le sourire, je ne laisserai plus jamais un vieux macho dire que c’est facile élever des enfants pendant que les hommes vont travailler. Sincèrement, je ne serais jamais capable de faire ce que tu fais et c’est probablement la chose que tu fais le mieux. Tu le sais, tu me connais, moi pis le bonheur, c’est compliqué. Ton grand frère se cherche encore à 27 ans, et il connaît constamment des hauts et des bas, des peines et des joies. Pendant que tu montes les échelons de la vie plus rapidement qu’Elaine Thompson « Google it », moi, je suis toujours à la recherche d’un sens à la mienne. Tu le sais déjà, dans ma tête c’est embrouillé, mais quand je vais moins bien, tu es toujours là pour moi. Lire la suite Ma petite sœur, comment je te dirais bien ça !

Confidences d’un angoissé

J’ai une confidence à vous faire. Depuis que je suis tout jeune, j’ai des troubles d’adaptation, de l’anxiété, de l’angoisse passagère. Un différent psychiatre, un différent diagnostic. Heureusement, ce n’est pas chronique. Je pense qu’on vit tous avec ça, un peu, à notre manière. Il faut noyer le mal dans l’humour. Il faut tuer le père. «Fait des blagues!», «Si tu as une crise d’anxiété, fait rire les gens!» C’est ce que le dernier psy m’avait dit. «Heye le cave, quand j’ai le cœur dans gorge, mon sac à blague, je l’ai dans le cul.»  Il ne l’a pas trouvé drôle. J’allais beaucoup mieux. Bref. Il y a différentes façons d’extérioriser l’angoisse. L’isolement. La colère. L’écriture. Méditer. Respirer. Je me dis que le tueur à Nice, le Franco-Tunisien, il n’avait surement pas ce luxe lui. Extérioriser ou consulter un psychiatre. Ce luxe là, ça ne s’achète pas avec de l’argent, ça s’achète avec de l’amour.

Parfois, la nuit, comme en ce moment, je ressens tout le poids de la société sur mes épaules. C’est ce qui me pousse à me lever à 4 h 43 pour écrire quelques lignes. Tu vas où bébé? Fais dodo, je reviens tantôt. OK. Elle se rendort, je retourne dans mon bureau. Je ne le vous cacherai pas, des événements comme l’attentat à Nice, ça m’affecte toujours. C’est comme les tremblements de terre, ça réveille l’homme mort en moi. J’ai le goût d’écrire, je tourne en rond dans mon lit, incapable d’arrêter de penser. C’est maladif. Il faut dire qui fait chaud en tabarnac. Ça non plus, ça n’aide pas.

Je n’ai jamais compris pourquoi, elle était là cette pesanteur, cette peur. La société ? Peut-être. Ça me rappelle la fois où j’ai perdu mon chien, il faisait des crises d’épilepsie, on le serrait dans des couvertes, puis on le collait près de nous pour le rassurer. Le temps que ça passe. Mais ça coûte cher un chien malade. Ma mère payait déjà pour le collège privé, le père n’était pas là, on a dû se débarrasser du chien. Chaque crise, j’avais peur qu’il meurt dans mes bras. On a fini par le piquer, faute d’argent, il était trop malade. Trop cher le vétérinaire, les médicaments. «On achètera un chat les enfants.»

Je me suis souvent senti comme ce chien, sauf que moi, ce serait bizarre qu’on m’enveloppe dans des couvertes pour me rassurer. Ça fait longtemps que je n’ai pas souffert de ces problèmes, plusieurs mois même. J’ai consulté, ça fait du bien. Parfois, on devient tellement cynique devant l’absurdité de la vie, qu’on ne ressent plus rien.

Mes dernières crises d’anxiété sérieuses remontent à mon travail de répartiteur, pour la police. Téléphoniste au 911, toute une carrière pour un écrivain fraichement revenu de Fort McMurray. J’étais l’oreille des plus démunis, ça me faisait du bien. Tel-Drames. «911 Bonjour» je me rappelle encore, un appel anodin, un itinérant dans un Tim Horton en plein hiver, il venait se coucher sur un banc pour se réchauffer. L’anxiété. Je n’ai jamais été capable de lire les quelques lignes sur mon moniteur. Après trois phrases, j’ai fondu en larmes. Ma tête dans les mains. Anéanti. Les gens autour de moi étaient endormis, personne s’en ai rendu compte. J’ai demandé un remplacement au boss qui jouait à Tetris sur son ordinateur.  Je suis allez aux toilettes pour me pitcher de l’eau froide dans face devant le miroir. Pour que personne remarque mon état d’esprit. Fatigué. La gorge nouée, le cœur qui palpite. En temps supplémentaire, à 4 heures du matin. Juste après les appels de violence conjugale, les bars et les facultés affaiblies. Ce n’est pas cet appel en particulier qui m’a étranglé, c’était un appel très banal. C’est l’accumulation, la négativité, quarante heures semaine, dans mon casque d’écoute. Une prison pour le cerveau humain. Quelques semaines avant l’appel du Tim, une policière blessée par balle, une nuit d’enfer. Deux jours avant, un homme en panique avait tiré dans les deux lits de ses enfants, au sous-sol. Ils n’étaient plus là. Je me rappelle de toutes ces histoires, le fils qui décroche son père, la mère qui appelle pour sa fille suite à une tentative de suicide. L’homme violent. La dame âgée. Seule. Je me rappelle aussi des pauvres, tellement pauvres, qu’ils t’appellent la nuit pour te jaser. Nos clients réguliers, c’est ce qu’on disait.

Je me suis toujours demandé si elle venait de là ma sensibilité, ma compassion pour les plus faibles, mon anxiété. Puis y’a mon chat qui vient me donner des coups de tête et ma blonde qui va pisser avant de se lever pour allez travailler. Tout redevient normal, chaque fois. Ça me fait rire. La vie est belle. Ma soeur est sur le bord d’accoucher !

Bonne journée, les amis, c’est vendredi. Bières pour tout le monde, c’est ma tournée! Je retourne me coucher.