Yémen, famine et nationalisme de marde

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Texte écrit hier à 3:30am. Bonne Saint-Jean.

Le Yémen. La famine. Mon insomnie de la semaine. J’ai le dos barré suite à une longue balade en kayak et une randonnée. J’ai vécu ma Saint-Jean seul dans le bois, sur un lac, loin de toutes nos conneries nationales. Ça fait deux heures que je tourne dans mon lit. J’ai de la misère à descendre les marches pour boire un verre d’eau. Ce soir, j’ai cent ans, le dos courbé, les pieds pesants le long de l’escalier. Je suis affligé par tous ces débats nationalistes et occidentaux, le mot est faible, ce n’est pas assez évocateur et représentatif de mon ressentiment, comment dire, hier c’était la Saint-Jean et je vais être franc, je suis épuisé de nous.

Depuis le début de la pandémie, la faim dans le monde fait des ravages. Déjà en forte hausse, la famine va doubler cette année, selon un rapport de l’ONU publié en avril. « 821 millions de personnes souffrent à présent de la faim et plus de 150 millions d’enfants accusent des retards de croissance, menaçant ainsi l’objectif Faim Zéro. » C’est le résultat d’une mondialisation injuste et d’un libre marché qui a échoué. Un monde qui ne fait qu’avantager des compagnies cotées en bourse en laissant des miettes aux humains au bas de l’échelle. Je le répète, encore, les inégalités se creusent entre les riches et les pauvres à des rythmes effrayants. C’est la conceptualisation et l’avènement d’un monde inventé par des possédants où les États les plus pauvres dépendent des États les plus riches. C’est la suite du colonialisme et de l’esclavage où la main d’oeuvre sert les riches sur leurs continents. Il y a une hausse désastreuse de famine au Brésil, au Venezuela, au Népal, au Salvador et en Amérique centrale, tout comme dans les pays où les habitants survivent grâce au tourisme ou au pétrole. Comble de malheur, la saison des ouragans approche à grands pas dans ces pays déjà à genoux. Les crises humanitaires du Sahel persistent (Burkina Faso, Mali et Niger), comme celles au Bangladesh, au Myanmar et en Afghanistan. Ça ne peut plus continuer ainsi, il faut arrêter de concevoir l’humanité à l’intérieur de nos frontières nationalistes. Une mondialisation où des pays vivent dans l’abondance au détriment des autres est vouée à l’échec, ça ne fonctionnera jamais.

Nous profitons du malheur des autres en concevant le monde ainsi. « Comme disait Einstein : inventer, c’est penser à côté ». Il faut de toute urgence enlever le destin de l’humanité des mains de ces avocats, hommes d’affaires et comptables paternalistes qui protègent l’intérêt financier des multinationales et des nations possédantes. Ces hommes ne savent pas penser à côté, ils ne souffrent pas comme nous, ils ne voient pas le monde à travers les yeux de l’artiste et de l’altruiste. Nous devons penser en fonction d’une seule humanité et prendre soin des gens qui souffrent, comme nous le faisons candidement ici dans l’étroitesse de nos frontières arbitraires. Des pandémies et des conflits géopolitiques, il y en aura d’autres, les experts s’époumonent, il faut plus que jamais redistribuer la richesse, instaurer des systèmes comme le revenu universel, taxer les ultra-riches pour développer des systèmes modernes d’irrigation et de filtration d’eau. Nous devons offrir et donner aux pays dans le besoin comme jamais auparavant, les ingénieurs et scientifiques d’ici doivent travailler en coalition avec les autres pays, avec des budgets aussi importants que ceux de l’exploration spatiale afin de procurer une autosuffisance alimentaire et des ressources essentielles aux habitants de la Terre. Nous avons besoin de leaders avec du courage et de l’influence pour changer ce monde abject. C’est l’un des enjeux les plus pressants: le manque de leadership et de concertation entre les pays pour venir à bout des problèmes politiques, sociaux, économiques et environnementaux. Comment pouvons-nous continuer de voter pour ces gens ? Sincèrement, comment ?

Yémen

À l’heure actuelle, selon l’UNICEF, douze millions d’enfants au Yémen souffrent de famine, c’est plus d’enfants que tous ceux du Canada réunis ensemble. La pandémie fait des ravages dans ce pays déjà habité par la guerre depuis trop longtemps, le système de santé et tissu social, se sont complètement écroulés. Les groupes religieux et économiques règnent dans un chaos sans nom. Des milliers sont déjà morts, chaque jour d’autres bambins s’ajoutent à la longue liste de ces enfants qui meurent de faim. Au final, des millions ne survivront pas et ceux qui réussiront à passer à travers, en allant se réfugier ailleurs, auront une espérance de vie réduite causée par la malnutrition et leurs efforts migratoires.

Nous savons que le royaume saoudien avec sa monarchie absolue, meurtrière et sans scrupule continue d’acheter ses armes du Canada et des États-Unis. Le gouvernement canadien a annoncé dernièrement avoir renégocié les termes d’un contrat de 14 milliards de dollars avec cette dictature exécrable. L’Allemagne de son côté a décidé de cesser de vendre de l’armement aux Saoudiens pour ne plus supporter ces atrocités. Au Canada, nous sommes complices de cette tuerie. En votant pour des gouvernements qui mettent la croissance et l’économie avant l’humanité et l’altermondialisme, nous participons à cette famine.

Ce qui m’empêche de dormir, c’est que nos gouvernements s’en balancent, nous vivons à l’intérieur de nos belles nations blanches et confortables, des pays bien gras et gavés au bœuf, au soja et au lait d’amande. Pendant que ces enfants meurent de faim, le Canada trône toujours au sommet du gaspillage alimentaire et énergétique. L’Arabie Saoudite perpétue cette guerre depuis cinq ans, une guerre économique, comme l’avait fait son allié militaire américain en Afghanistan et en Irak. C’est notre histoire, celle de nations, de pays oppresseurs qui en veulent toujours plus, des gouvernements corrompus qui revendiquent des ressources et des territoires en assassinant des civils. Les exportations de pétrole constituent la principale ressource du Yémen : elles représentent plus de 90% de ses recettes d’exportations, c’est le pays le plus pauvre du monde arabe. L’agriculture yéménite est peu moderne, les habitants tentent de se nourrir avec l’autosuffisance alimentaire. Ces conflits inhumains sont d’une complexité déstabilisante, et en observant où s’en va le monde, je ne peux que penser que ce sera de pire en pire avec l’accroissement de la population et les changements climatiques. Ce qui se passe au Yémen, c’est carrément la pire crise humanitaire sur la planète depuis une décennie. Personne ne lève le petit doigt pour ne pas déplaire à l’empire saoudien. Justin Trudeau, comme Trump ne disent rien. On laisse faire le tout pour l’économie, les ventes d’armes, les relations commerciales internationales. La guerre de l’Arabie Saoudite au Yémen est une affaire de pétrole, comme d’habitude.

Les débats au Québec

Au Québec, les politiciens et les chroniqueurs de droite nous poussent à avoir des débats de petits cons: les drapeaux du Québec à la fête nationale, les questions identitaires et nationalistes «les Québécois ne sont pas racistes», «Speak White», déconfiner ou confiner, la PCU, le port du voile et la laïcité. Des débats nécessaires, mais secondaires, à contre-sens de l’ouverture humaniste et multiculturelle dont le monde a besoin. Ces questions redondantes sont tout en bas de la liste des réelles menaces que l’humanité connait. Pauvre Cassandre de moi, le jour viendra où il sera trop tard, et nous nous ennuierons de ces débats légers. Il y a des enjeux primordiaux à affronter de toute urgence et nous passons complètement à côté de l’essentiel en mettant de l’avant l’opinion des pires minables du Québec dans les journaux. Je n’en ai plus rien à cirer du nationalisme et du patriotisme, si c’est au détriment des plus faibles, on ne peut plus vivre sur Terre, en laissant mourir des enfants comme des porcs à l’abattoir. Ce dont je suis fier c’est l’humanité partout sur Terre, celle qui tente d’atteindre le progrès humain, je suis fier de ce que font les Finlandais, les Néerlandais, les Néo-Zélandais, pour ne nommer qu’eux, je suis fier des autres humains. Pourquoi devrions-nous nous attarder à notre fierté nationale qui ne sert qu’à maintenir un gouvernement en place et trop souvent à diviser la population. Ça ne sert pas au progrès humain. Lorsque nous réglerons ces enjeux mondiaux, nous pourrons peut-être parler de fierté nationale. Il ne faut pas oublier notre histoire, mais pour le moment, je nous trouve dégueulasses et égoïstes dans notre inaction. Donc, si tu pensais que j’allais participer à ces débats vides de petits criss de sans-desseins, sur les drapeaux de la fête nationale, tu peux oublier ça.

De la famine en 2020

Comment est-ce possible avec toutes les ressources et la technologie que nous possédons? Le tiers des aliments produits pour la consommation humaine est perdu ou gaspillé dans le monde, ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an. Sur une planète qui possède assez de ressources pour nourrir tous les habitants dix fois. Nous fonçons droit dans le mur. Il n’est pas normal que des peuples entiers meurent de faim en 2020. Comment pouvons-nous penser à autre chose que ça? Les changements climatiques et la surpopulation nous amèneront à de graves conflits géopolitiques. Les frontières avec la surpopulation, les changements climatiques et les crises migratoires me semblent de plus en plus absurdes et arbitraires. Il faut repenser ces lignes imaginaires qui tendent à nous faire oublier le reste de l’humanité. Je sais trop bien que ce modèle international n’est pas durable et que nous vivrons un jour dans mon utopie de hippie, ce même monde qu’avaient imaginé John Lennon et plusieurs artistes. Nous sommes une seule espèce humaine qui sera de plus en plus métissée, nous devons concevoir et imaginer le monde ainsi, en toute liberté, un monde multiculturaliste fondé sur le partage, l’innovation pour le bien-être des gens. Si nous coupons de moitié les budgets militaires de la Russie, de la Chine et des États-Unis, même chose pour les budgets en exploration spatiale, depuis que Neil Armstrong a marché sur la lune, nous aurions suffisamment de richesses pour offrir une agriculture abondante, des soins de santé, de l’eau potable et de l’énergie à tous les humains sur la Terre. Ce sont des choix à portée de main, nous ne pouvons plus concevoir le monde avec des États riches, des nations mondaines, en abandonnant le reste de nos semblables dans la misère. C’est le revers du nationalisme, du patriotisme, le monde ne sera jamais beau, dessiné et conçu de la sorte avec des frontières, des territoires et des ressources volées aux autres, des terres conquises et colonisées par les armes. Cette conception du monde est lamentable. Nous devons réparer les pots cassés et ré-écrire l’histoire. Il m’est incompréhensible que nous puissions agir ainsi. Il faut ralentir notre consommation et nos dépenses ridicules, afin de bâtir de quoi de beau et doux. Je suis gêné d’avoir autant de ressources et de biens au dépens des autres. Je souhaite aux dirigeants du G-20 dans leur prochain party frivole, de faire un gros trip de LSD ou de mush, un Woodstock présidentiel, afin de développer une empathie et une sensibilité à la détresse humaine. Nous ne pouvons plus écrire un monde où les dirigeants ne prennent soin que de leurs nations respectives, en délaissant tout le reste. Au point où on en est, ça devrait être obligatoire. Enfin

Je trouve notre conception de l’humanité égoïste et déficiente. Le Canada possède l’une des plus petite densité sur la planète, seulement 4,1 d’habitants par km2. L’Australie 3.2. Le Danemark 0.1. L’Islande 3.4. Des pays riches avec des territoires habitables immenses pour cultiver et s’abreuver, des pays bien trop grands pour accueillir si peu d’habitants lorsque le reste de la planète meure de faim. Ce monde ne tiendra pas ainsi. Il faut d’urgence partager nos territoires et ressources et redistribuer la richesse en apportant une énergie renouvelable, de l’eau potable et une autosuffisance alimentaire à toutes les nations dans le besoin. Il est souhaitable de réinventer les circuits-courts, aider les pays démunis à auto-subsister. C’est toute l’humanité qui se portera mieux, ça nous évitera bien des tragédies dans le futur. Si nous n’agissons pas, ce sera par millions que ces réfugiés viendront cogner aux frontières des pays riches en nous demandant le droit de survivre. Depuis 2015, le conflit au Yémen a tué des dizaines de milliers de personnes, essentiellement des civils, en plus de causer une crise migratoire sans précédent avec plus de 3,6 millions de personnes ayant déjà fui leur foyer. C’est la suite du conflit en Syrie, c’est une prologue de ce qui s’en vient avec les changements climatiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, nous parlerons bientôt de dizaines de millions de migrants. Pendant ce temps, au lieu de nous préparer à accueillir ces gens, à créer des emplois, à investir dans l’avenir humain, notre génie national, nouvellement ministre de la justice, le responsable de l’immigration au Québec, parle de réduire les seuils. Ça me jette à terre. Quelle petitesse d’esprit et manque de vision de notre gouvernement.

(Photo credit should read KHALIL MAZRAAWI/AFP/Getty Images)

Je terminerai avec ce rappel des plus grandes menaces pour l’humanité, ces enjeux qui reviennent année après année, décriés par les scientifiques, philosophes et chercheurs en sciences sociales. Ce sont les mêmes recommandations présentées au Forum économique mondial. Encore. Toujours.

1. Les inégalités qui se creusent entre les riches et les pauvres.
2. La pollution, les changements climatiques, les températures extrêmes.
3. Le manque de leadership et de concertation entre les pays pour venir à bout des problèmes politiques, sociaux, économiques et environnementaux.
4. Les conflits géopolitiques, les crises migratoires à venir.
5. Le recul de la démocratie.
6. L’augmentation du chômage sur la planète. 
7. Les catastrophes naturelles, notre incapacité à bien réagir.
8. L’ampleur des mouvements nationalistes.
9. La santé.
10. Les épidémies, la destruction de la biodiversité.

Jean-François Hotte

Jean-François Hotte

Sources:

https://news.un.org/en/story/2020/04/1062272

https://www.nouvelobs.com/monde/20200626.OBS30521/au-yemen-le-covid-et-la-guerre-poussent-des-millions-d-enfants-vers-la-famine-alerte-l-unicef.html

2 Commentaires

  1. Jean-François, bien d’accord avec ton texte sur le Yémen, on ne voit pas ces enfants, c’est comme s’ils n’existaient pas. Mais comment peut-on prendre toutes les misères de la Terre sur nos épaules? Déjà qu’il ne nous en manque pas beaucoup ici et aux USA. Oui, on a sans doute le ventre plein pour y réfléchir…

  2. Jean-François, bien d’accord avec ton texte sur le Yémen, on ne voit pas ces enfants, c’est comme s’ils n’existaient pas. Mais comment peut-on prendre toutes les misères de la Terre sur nos épaules? Déjà qu’il ne nous en manque pas beaucoup ici et aux USA. Oui, on a sans doute le ventre plein pour y réfléchir…

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