La Chine en avance, Trump mauvais perdant

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Mon voyage en Chine, il y a deux ans, s’est vu révélateur quant à ma compréhension du monde. Je m’y suis rendu par affaires, mais surtout pour satisfaire une immense curiosité. J’ai traversé le globe pour aller à la rencontre des gens, boire quelques pintes, et en apprendre sur leur société. Un échange culturel, pour moi, c’est un trip de dopamine. J’aime toujours me faire ma propre idée sur les gens au lieu de me fier à l’information rapportée sur Internet ou celle véhiculée par les politiciens. Depuis quelques mois, les États-Unis effectuent une campagne de désinformation sur les grands réseaux américains, Fox News, Breitbart et évidemment sur les blogues alternatifs, les réseaux sociaux. Tous les jours, Donald Trump et son équipe, à contresens de l’avis scientifique, mentionnent dans leur exercice de communication que le virus a été conçu en labo «Ask China!» «c’est le virus chinois!». Tous les jours, des articles accusateurs, plus récemment la CISA et le FBI ont officiellement accusé la Chine d’espionnage. Selon eux, l’Empire du Milieu voudrait perturber la recherche d’un vaccin contre le COVID-19. N’oublions pas que ces mêmes Américains ont tenté de payer plusieurs laboratoires pour obtenir le vaccin en premier. Donald Trump avait même voulu acheter un laboratoire allemand qui travaillait sur un vaccin contre le coronavirus. Le ministre de l’Économie allemande, Peter Altmaier avait répondu: « L’Allemagne n’est pas à vendre ». Les États-Unis ont aussi acheté des masques, sur le marché noir, destinés à d’autres pays. Vous voyez où je veux en venir? Ça prend du culot quand même d’accuser la Chine d’espionnage, lorsque les États-Unis font la même chose en espionnant la terre entière, dont les Chinois avec la NSA, TAO, ANT, rappelez-vous des sonneurs d’alerte Edward Snowden, Julian Assange ou Bradley Manning. Vous croyez vraiment que les États-Unis n’espionnent pas les laboratoires étrangers? La recherche scientifique internationale, elle qui a son nez dans tous les programmes du monde entier? C’est comme si Donald Trump accusait Joe Biden d’être un vieux cochon. Le régime chinois utilise les mêmes outils et technologies que les Américains pour espionner. Ces deux puissances mondiales s’affrontent depuis toujours, via une guerre d’économie, d’espionnage et de cybersécurité sans merci. Une guerre intellectuelle menée par des geeks et des scientifiques de chaque côté. De toute évidence, la Chine semble prendre les devants au cours de la dernière décennie. Est-ce que Donald Trump serait mauvais perdant? À voir son comportement enfantin et ses manières grotesques, j’ai bien peur que cette campagne de désinformation mène à un conflit plus sérieux. Ça ressemble aux attentats du 11 septembre 2001, lorsque les États-Unis ont envahi l’Iraq et l’Afghanistan sous aucun prétexte valable; une prétention avérée mensongère: des armes de destruction massive. Nous connaissons la suite de l’histoire, les Américains ont placé des bases militaires partout dans la région, ils exercent depuis davantage de pouvoir et revendiquent des droits via des entreprises américaines sur les ressources naturelles et les métaux rares au Moyen Orient. Enfin. Semble-t-il que ce soit au tour du peuple chinois de subir le racisme systémique, pour asservir les volontés empiriques américaines. Après les Arabes, et avant eux les Russes, en passant par les communistes ou les Afro-Américains, sans oublier les Vietnamiens, les Cubains, les Mexicains. La liste est longue. Le gouvernement américain est maître lorsque vient le temps de lever son pays et ses alliés contre les autres. Malheureusement, c’est souvent la population ciblée par le racisme qui en souffre, prise en otage dans le milieu, pour des raisons économiques. Ça m’écœure.

Une fois arrivé à Pékin, le décalage me frappe avec force, j’ai toujours du mal à dormir en avion. Je m’enfile une bière chinoise avec une mélatonine et je dors 12 heures en ligne […] Le lendemain matin, mon associé et moi nous rendons dans un siège social. Je ne ressens pas la pollution, c’est moins pire que je pensais, du moins telle qu’on me l’avait décrite. J’ai appris récemment qu’en cinq ans, les concentrations moyennes dans les villes chinoises ont reculé de moitié. En 2013, les autorités chinoises ont lancé une campagne antipollution, au point que la mégapole de 22 millions d’habitants a quitté la liste des 200 villes les plus polluées au monde, selon une étude publiée par la société suisse IQAir. En 2018, Pékin était classé 125e, c’est phénoménal, les Chinois font vraisemblablement des efforts colossaux pour réduire leur empreinte carbone et leur pollution mais ça, on en parle jamais. D’ailleurs, malgré tous leurs défauts, ils sont leaders mondiaux en électrification des transports.

Le taxi nous amène donc à notre rendez-vous, une entreprise en technologie spécialisée en intelligence artificielle et en vente de circuits intégrés à application spécifique. Nous passons devant des centaines de bâtiments indiscernables, c’est laid, c’est gris, des couleurs pastel, c’est pâle, néanmoins, il y a une belle vue sur les montagnes et la muraille de Chine. Me rendre là-bas, c’est mon Osheaga, mon highlight de l’année.

Le quartier industriel de Pékin

Nous arrivons donc à destination, il fait chaud, beau soleil, un peu trop justement, tout est impeccable, les employés sont souriants, gentils, on nous offre à boire, le temps d’attendre nos nouveaux partenaires d’affaires. La femme à la réception est drôlement séduisante, elle me sourit juste à moi, des idées saugrenues me traversent l’esprit, mais je sais que ça, c’est dans ma tête, il me manque quelques vis là-dedans.

De jeunes employés fument une cigarette à l’entrée, jusque là, rien de différent d’une startup californienne ou montréalaise. Et puis, M. Lee vient nous chercher, un jeune chinois avec des souliers blancs chers, un veston gris cher, un t-shirt moulant et des jeans. Nous descendons d’un étage, mon interlocuteur est prudent, stratégique, malgré notre interrogatoire, nous tentons d’en apprendre plus sur la vision de la compagnie et sur l’économie en Chine. Il voit dans notre jeu, il ne donne pas d’information, préparé comme un joueur d’échecs. Comme plusieurs autres Chinois dans sa position hiérarchique, il possède un anglais impeccable et des études dans une Université aux États-Unis. Avant de prononcer une phrase, il prend bien soin d’écouter, il réfléchit pendant quelques secondes; une chose qui se perd parfois dans nos échanges occidentaux.

Dès le départ, avec finesse, le jeune Lee me fait comprendre que je suis un étranger, un blanc d’Amérique. Sans le dire, je le ressens. De ses 160 centimètres, il place son premier pion, ça fait des mois qu’on négocie avec lui sur WeChat. Chacune des allées de cette usine gigantesque est sécurisée. Nous avons seulement accès au salon des invités plongeant sur une salle de conférence. Quelques jeunes tiennent une réunion derrière un «whiteboard » à quelques pas de nous. La situation est bizarre, on dirait qu’ils sont là pour nous impressionner. Encore là, je me fais probablement des idées. Notre entretien se termine, après une heure de discussion, M. Lee nous accompagne à la sortie, par politesse, nous l’invitons pour la soirée dans un resto-bar, en espérant pouvoir discuter davantage. Il répond qu’il doit vérifier auprès sa femme, le sourire aux lèvres, ce qui veut dire «non» en chinois.

Nous quittons les bureaux, ma chemise est imbibée d’eau, j’ai toujours chaud dans le dos lorsque je porte un veston; le soleil plombe sur l’asphalte de Pékin. Non loin, un immense établissement, recommandé par une employée fumant sa cigarette, s’érige sur le coin de l’avenue. Les Chinois, ils fument beaucoup, ça, ce n’est pas une fausse nouvelle. Nous marchons un peu pour découvrir la ville avant de nous y rendre et puis nous entrons dans cette grosse rôtisserie de canard laqué. Pourtant, il n’y a pas d’oiseau fumé sur le menu, on nous présente un menu du genre dumplings et soupes salées «Buffet Fu Lam». On s’est trompé d’endroit. J’ai un peu la nausée, encore sur le décalage, ça sent comme dans l’appartement d’un jeune couple du Cégep en confinement depuis trop longtemps. Nous sommes les seuls clients dans le quartier industriel de Pékin. La rue est déserte, c’est l’heure du lunch, un mardi après-midi, avant l’ère du désormais célèbre COVID-19. C’est étrange.

Au fond de l’immense restaurant, il y a une formation, sans exagérer, d’environ quarante personnes en chemises blanches. Il y a des patrons, des gens en habits qui parlent au groupe. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe, mais ils nous regardaient, d’ailleurs, lorsque nous sommes entrés, ils ont cessé de parler pendant quelques secondes. Ils ne s’attendaient pas à recevoir des clients. Enfin. Une des serveuses vient nous voir, elle me sourit juste à moi et nous offre la première table près de la porte. Le reste du groupe s’éloigne un peu plus loin pour nous laisser manger en paix. Le colonel culinaire parle fort, avec autorité, les employés répondent en groupe, c’est presque militaire. Mon associé me regarde en fronçant des sourcils, en me poussant un sincère «what the fuck?» Et puis, on commande. La bouffe est comment dire, différente, atypique, exotique, OK non, c’était dégueulasse. J’aime habituellement la cuisine chinoise ou orientale, mais pas cette fois. Nous quittons le restaurant sur notre appétit, avec un peu de sueur dans le haut de la craque des fesses, on enlève nos vestons, il commence à faire chaud, on s’allume deux clopes, en attendant notre taxi. J’ai mal au ventre.

– C’étaient des employés du restaurant, tu crois? pourquoi ils parlaient fort de même?
– Je penserais pas, honnêtement.

Un chauffeur passe enfin, on lève la main comme à New York. Il passe tout droit. Et puis, un autre s’arrête près de nous. Tout le monde est à l’intérieur des manufactures et édifices à bureau pour travailler. Les rues sont désertes. Le chauffeur de taxi me regarde droit dans les yeux. «La Cité Interdite» que je lui montre sur mon téléphone intelligent américain, sur mon iPhone. Je traduis en chinois. Il fait comme s’il ne comprenait pas où nous voulons aller. Je lui montre une photo. Le compteur a déjà démarré, comme d’habitude. C’est l’endroit touristique le plus connu de Pékin, le seul endroit où deux blancs-becs vont un mardi après-midi. C’est drôle en esti. C’est comme si je demandais à un chauffeur de taxi de Montréal de nous amener au Stade olympique, en lui montrant sur Google Maps, et qu’il prétendrait ne pas savoir c’est où. Il nous demande notre téléphone comme GPS, et puis il part enfin. Comme en Occident, les chauffeurs de taxi sont pauvres et les entrepreneurs sont riches. Une fois arrivé, je tends quelques billets au chauffeur, il me dit avec des gestes rapides, des sons et des mots que mes billets sont faux, «no good, no good, no good». Comment no good? Que je lui réponds en franglais. Ce sont des billets neufs que j’ai échangés à la banque de l’aéroport. «Money from the bank, very very good!» je monte le ton, il comprend que ce n’est pas mon premier rodéo. Je sais qu’ils sont vrais les billets, c’est n’importe quoi. Comme un magicien, il me fait le truc du chauffeur de taxi chinois, sans qu’on porte attention, il me demande d’autres billets, «give me another one, I will show you good», un par un, il scrute les billets sur ses jambes. Je ne vois pas vraiment ce qu’il fait à l’avant. Je sors deux autres billets, il me dit, enfin que le troisième est bon. Bien naïf de ma part, nous apprenons plus tard, qu’il a échangé, à notre insu, quelques-uns de ses faux billets pour nos bons billets. Je ne me suis pas fait prendre deux fois, quelques jours plus tard, à la sortie d’un bar. Enfin. Ce n’est pas important.

La Cité Interdite

Une fois à sur place, une mignonne dame avec un petit chapeau et une caméra s’approche de moi. Je peux la sentir me frôler le dos, elle veut me dépasser la petite mosus. La file devant la billetterie de la Cité Interdite est interminable. Ça fait tellement de fois qu’elle m’accroche un bras ou le dos (allô la distanciation physique) que je lui laisse prendre ma place. Grave erreur! Je comprends rapidement que toute sa famille va passer devant moi. Une jeune fille me dévisage, c’est drôle, c’est pas comme si j’étais en retard. Nous entrons finalement, après une vingtaine de minutes d’attente. Je constate que les Chinois marchent lentement, ils prennent leur temps, c’est beau, c’est joli la vie. Un groupe de femmes fait du Tai Chi sur la pelouse et des messieurs bavardent ensemble près du grand lac Qianhai. Il n’y a pas beaucoup de touristes. La majorité des gens sur place sont Chinois, je présume qu’ils viennent d’ailleurs au pays, c’est immense l’empire du Milieu.

Le vendredi soir, nous allons faire la fête, avec des étudiants dans une brasserie où ils servent de la bière internationale. Je ne suis pas dépaysé, je ne ressens pas de totalitarisme au centre-ville, il n’y a pas plus de policiers qu’ailleurs, ça ne ressemble pas du tout à ce que racontent les documentaires de propagande contre la Chine. Les gens font le party comme chez nous, il y a beaucoup de touristes, des gens venus par affaires ou pour étudier. Au bar, un barman hyper sympathique discute de politique avec nous, en toute liberté, sans mâcher ses mots, il dénonce la propagande américaine, il me dit que la Chine est altermondialiste et que le régime chinois, malgré quelques lacunes veut prendre soin de l’environnement, mais que c’est difficile avec près de 1.5 milliards d’habitants. Dans ma tête, je me dis, il vient-tu vraiment de dire ça lui? Un régime communiste, altermondialiste? On discute un peu, il me mentionne que c’est vrai que le gouvernement est strict, qu’il y a de l’oppression pour freiner la criminalité, s’assurer qu’il n’y a pas d’inconduite, mais que tout de même les jeunes Chinois sont libres de faire ce qu’ils veulent. Les pintes coulent à flots, je suis crissement dans mon élément, de la bière et un barman politisé, de la bonne musique. Selon mon nouveau meilleur ami, pour mieux vivre en société, ça prend une certaine forme d’autorité pour que les gens respectent la loi. Je ne suis pas tellement d’accord, mais enfin, j’écoute. C’est commun comme discours en Chine. Mais, en y pensant bien. Ce n’est pas vraiment différent de nos boomers qui sont contre la désobéissance civile, lorsqu’on manifeste pour la gratuité scolaire ou l’environnement, contre la loi 21, la mondialisation, ou en ce moment, les dépassements de l’État policier, les amendes sévères en temps de confinement. Chaque idéologie possède ses lacunes, la liberté n’est pas une marque de yogourt comme disait Falardeau. Je commence à être chaud, on jase un peu des mesures de surveillance, des investissements en technologie, il est fier de la Chine, il me dit que de plus en plus de jeunes Chinois s’émancipent et qu’il y a moins de pauvreté qu’avant, que les pauvres vivent mieux. Bref, il vit bien avec son régime totalitaire, avec le parti communiste chinois, même s’il trouve que certaines technologies deviennent inquiétantes, la robotisation, la reconnaissance faciale, le crédit social. Notre conversation achève lorsqu’on parle de Donald Trump, il se moque de lui, il termine en disant que ce ne sont pas les Chinois qui sont «brainwashés», mais bien les Américains.

Les Chinois, moins libres que les Américains?

Mon voyage et mes relations d’affaires m’ont appris que la Chine est bien plus avancée culturellement que les Américains, ils sont plus disciplinés, plus travaillants, en meilleure santé aussi, ça saute aux yeux. Contrairement aux Américains, les Chinois sont unis, leur société avance ensemble dans une vision du monde dictée certes, mais du moins, ils font des progrès. La Chine d’aujourd’hui n’est pas celle de Mao Zedong, il y a des opportunités d’apprendre, malgré de grandes défaillances de leur système, par exemple le contrôle des médias, des journalistes et des universités, il y a tout de même des opportunités d’aller étudier à l’étranger. Comme aux États-Unis, les Chinois n’aiment pas les sonneurs d’alertes et veulent les faire taire. La Chine, ce n’est quand même pas la Corée du Nord. Malgré son régime totalitaire de haute surveillance, le peuple chinois, celui qui respecte les règles et accepte la vision de Xi Jinping, vit avec une certaine liberté. C’est limité, j’en conviens, mais il y a des activistes et des débats d’idées, plusieurs artistes et blogueurs dénoncent le parti communiste, sans qu’ils soient arrêtés, il y a de l’opposition, contrairement à ce que c’était avant. En 2016, le gouvernement de Xi Jinping dans ses neuf principes exigeait des retraités du Parti communiste chinois et de la fonction publique de ne pas pratiquer une activité religieuse. Ça vous fait penser à quelque chose? La laïcité de l’État.

Tout comme aux États-Unis et dans le reste du monde, leurs milliardaires mettent leur argent dans les paradis fiscaux, en particulier les membres du Parti communiste chinois, il y aurait 20 000 Chinois propriétaires de compagnies «offshores» dans des paradis fiscaux. Les grandes familles du PPC touchent des sommes astronomiques, tout comme les grandes familles occidentales du soit disant libre marché. Les multinationales américaines ne paient presque pas d’impôts grâce à la bourse et l’évasion fiscale, un système soutenu par les banques centrales et le gouvernement. Je ne vois vraiment pas en quoi, ils sont pires que nous? Wall Street exerce un pouvoir démesuré sur le gouvernement américain. Qui sommes-nous pour les juger, eux?

De toute évidence, Donald Trump a perdu la guerre contre les Chinois. Une guerre idéologique, économique, capitaliste, où deux empires assoiffés s’affrontent pour prendre plus de pouvoir. Une longue partie d’échecs jouée avec intelligence et stratégie par les Chinois. La Chine ne cesse de surprendre avec ses coups, pendant que le peuple américain s’appauvrit socio-économiquement. Nous n’avons qu’à regarder leur dette immense et la vitesse avec laquelle ils impriment des billets pour tenter de sauver leurs milliardaires et leurs banques à chaque récession.

Mauvais perdant, incapable d’avouer sa défaite et son incompétence, Donald Trump se tourne maintenant, comme plusieurs de ses prédécesseurs vers la rhétorique, les sophismes, la manipulation et la division. Par tous les moyens il tente de lever le peuple américain et le reste du monde contre la Chine. La nouvelle campagne de désinformation est amorcée: «le virus chinois a été conçu en labo», «les Chinois veulent me faire perdre l’élection».

Nous entrons dans une ère très dangereuse, où deux empires puissants ne semblent plus être en mesure de cohabiter pacifiquement. D’un côté la Chine expansionniste veut agrandir son territoire en privatisant des ressources un peu partout sur la planète, elle veut augmenter sa croissance. De l’autre, les entreprises américaines veulent prendre de plus grandes parts de marchés.

Ce qui m’effraie c’est qu’une grande partie des Américains et des supporters du président Trump acquiescent tout ce qui sort de sa bouche. Sans vouloir faire un point Godwin ou un «Reductio ad Hitlerum», il ne faut pas oublier que cette stratégie de communication, celle de lever les peuples l’un contre l’autre, n’est pas née d’hier. Les juifs selon Hitler voulaient conquérir le monde et il fallait les vaincre. Dans une autre mesure, le nouveau problème de Donald Trump, c’est la Chine. Ce dictateur des temps modernes utilisera les mêmes méthodes pernicieuses qui lui ont permis de remporter ses élections. La division, la manipulation, une campagne de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux pour contrôler un peuple de plus en plus crédule et de moins en moins éduqué. C’est tout ce qui reste à un leader démagogue lorsqu’il perd la guerre de l’intelligence, de la raison, de la paix, de la science. La Chine joue la même partie d’échecs que nous, celle de la désinformation, celle de la croissance et de l’économie. Nous vivons dans une guerre d’information sans précédent, une guerre de rhétorique et d’influence. Le sens critique est en péril et les dirigeants en profitent de plus en plus pour contrôler les peuples. Nous oublions la guerre et son inhumanité. J’ai bien peur que nous entrions tranquillement dans une nouvelle phase géopolitique entre la Chine et les États-Unis. Rappelons-nous de la guerre, absolument rien ne nous écarte de ce scénario au cours des prochaines années. Traitez-moi d’alarmiste, je n’en ai plus rien à cirer, mais la tension ne fait que monter. J’ai très peur d’une réélection de Donald Trump et son armée d’hommes en uniforme, des jeans et des casquettes MAGA.

Un peuple discipliné et un gouvernement préparé à la prochaine pandémie

J’échange régulièrement avec des amis Chinois sur WeChat, selon eux, le risque de pandémie était «priced in» dans leurs décisions et prévisions économiques. Ils savaient très bien, suite aux MERS, à la H1N1, que d’autres virus allaient surgir. Ça saute aux yeux. Contrairement au reste du monde, ils ont écouté les scientifiques, et il ne faut pas leur en vouloir pour ça, ils ont fait leurs devoirs. Les Chinois sont stratégiques. Un peuple discipliné et hors du commun, un peuple patient, qui prévoit ses coups à l’avance comme aux échecs. De toute évidence, ils s’attendaient à une pandémie mondiale. Contrairement aux Américains, la Chine a écouté ses experts, l’OMS et la «Bill and Melinda Gates Foundation». Aujourd’hui, les théoriciens du complot font des amalgames douteux. Ce n’est pas une conspiration contre le monde entier. Je vais vous dire la vérité. En science, en informatique et en stratégie, les Chinois commencent à être très avancés.

La Chine investi massivement en environnement et en science, beaucoup plus qu’au Canada et aux États-Unis. Dans les dernières années, la Chine a investi plus que les 2/3 de la planète, en énergies renouvelables, dans l’éolien, dans les panneaux solaires et l’électrification des transports. Ils sont, et de loin, les leaders incontestés de la transition écologique. Il est facile de pointer du doigt la Chine, mais il ne faut pas oublier que sa population est immense, sur un territoire limité. Le peuple chinois est bien plus ancien que le peuple américain. Les Chinois font d’ailleurs moins d’enfants aujourd’hui afin de parer à la crise démographique et climatique qui se pointe dangereusement à l’horizon.

Le capitalisme d’État de la Chine est une force économique grandissante. Des moyens discutables, un gouvernement autoritaire, mais ce qu’ils ont fait au cours des quinze dernières années, c’est exceptionnel. Je crois que l’élément catalyseur pour eux a été la crise économique de 2008. Depuis ce temps, ils ont bâti leur économie en fonction d’une chute des États-Unis. La Chine a dévalué le prix des métaux en stimulant l’offre, un peu comme on voit avec le pétrole, afin de tout acheter à bas prix. Nous savons aussi qu’elle manipule sa devise depuis toujours. Ils ont changé leurs politiques monétaires, une grande transition, pour ne plus être dépendants des Américains, ils ont diversifié leurs exportations et importations, ils offrent désormais beaucoup plus de services qu’auparavant grâce à des investissements monstres en technologie, en IA, en 5G, en infrastructures, en informatique et en «big data». Grâce à leur système économique, ils investissent des sommes astronomiques en biotech, en recherche et développement et en science. Évidemment cette croissance est venue avec une empreinte destructrice sur l’environnement; tout de même, leur industrialisation est de plus en plus verte. Contrairement aux Américains et leur industrie pétrolière grandissante. Ce, lorsque nous faisons la part des choses, en considérant la taille de l’Empire chinois et sa population.

Comment la Chine s’est préparée économiquement au 21e siècle, une stratégie conçue sur 30 ans d’investissements

Les autorités chinoises ont investi massivement dans les mines: fer, acier, lithium, cuivre pour augmenter l’offre mondiale et en plus, elles possédent et achètent des terres rares contenant des métaux comme l’oxide de cérium, le bastnäsite concentré, l’oxide de neodymium, le carbonate de lanthanum, le lithum, l’europium; pour ne nommer qu’eux. Le reste du monde est dépendant de ces ressources naturelles. De 2014 à 2017, la Chine exportait 80% des métaux rares vers les États-Unis, des métaux ou éléments chimiques qui servent aux moteurs d’avions militaires, aux satellites, aux lasers, aux voitures électriques, aux appareils médicaux et aux dernières innovations technologiques. Stratégique et visionnaire, la Chine a débuté ses investissements, bien avant les Américains et l’Occident. Selon, la firme Adamas Intelligence, la Chine possède 85% des terres rares qui serviront à concevoir de tels produits manufacturiers. Sans parler de leurs investissements en terres agricoles et en lacs d’eau potable. Toute leur économie est basée sur des valeurs refuges, incluant aussi des monnaies numériques et des actifs privés non cotés en bourse. Récemment, ils ont annoncé 5T en investissements dans des compagnies en technologies chinoises, c’est énorme. Du même coup, ils ont grandement ralenti leurs investissements dans des sociétés américaines. Leur stratégie macroéconomique et leur vision sont beaucoup plus avancées d’un point de vue strictement financier qu’aux États-Unis. Ils ont, grâce à leurs actuaires et ingénieurs en intelligence artificielle, effectué des simulations et des projections incroyables sur les cours des marchés et l’économie. Honnêtement, de ma lentille, ils ont mené cette partie d’échecs avec plusieurs coups d’avance sur l’Occident, dans les règles du jeu du libre-marché.

Alors, à quel niveau l’économie de marché, la mondialisation, le capitalisme américain sont-ils différents en termes de totalitarisme comparativement à la Chine? À quel niveau Donald Trump est-il moins totalitaire et empirique que son opposant? Le président des États-Unis contrôle son peuple avec de la désinformation, il censure les médias, il crée une fausse idée de liberté, il ment comme il respire, il privatise tout, la FED et le gouvernement américain prennent dans la poche des citoyens pour sauver les banques et les multinationales. Et ce, au détriment du peuple américain qui s’appauvrit beaucoup depuis dix ans, comparativement aux Chinois, qui obtiennent une meilleure qualité de vie, de meilleurs hôpitaux et de meilleurs services. Le totalitarisme décrit par la philosophe Hannah Arendt parle de « dynamique » auto-destructive reposant sur une dissolution des structures sociales. Il se matérialise par un usage de la terreur, de la surveillance (le capitalisme doit savoir ce que veut le consommateur, le citoyen). La propagande et la communication sont omniprésentes dans un état totalitaire. Je ne vois pas de différence fondamentale entre l’exercice de communications aux États-Unis et celui de la Chine. La répression chinoise est un grave problème contre les droits et libertés, il y a même des camps de concentration pour convertir les religieux au régime communiste, c’est horrible, je ne pourrais terminer cet article, en omettant de décrire le coté sombre de la Chine. Tout le monde est d’accord là-dessus, le communisme est loin d’être un modèle progressiste et idéal.

Pour terminer, je vous invite à visionner le documentaire par Sylvain Louvet, 7 milliards de suspects, de ARTE France. Depuis l’entrée au pouvoir de Xi Jinping au parti communiste chinois, il a implanté un code de conduite, un système de pointage surnommé le «crédit social» qui consiste à perdre des points (allô «Black Mirror») si les habitants polluent ou s’ils commettent des crimes. Les musulmans ou religieux peuvent faire jusqu’à cinq ans de prison s’ils sont surpris en train de prier, ils sont envoyés dans des camps de rééducation, où on peut voir des enseignes «étudier vertueusement», ils sont forcés à apprendre le mandarin et à réciter des chansons louangeant le PPC de Xi Jinping. Toujours selon le même documentaire, il y a plus de 20 millions de Chinois avec une interdiction de quitter le pays vu leur mauvais crédit social. Lorsque les gens communiquent avec eux au téléphone, il y a une messagerie mentionnant à l’appelant que le répondant a un mauvais crédit social. Malgré tout ça, fondamentalement, l’empire du Milieu n’est pas pire que l’empire américain. Ces deux puissances veulent toutes les deux dominer et croître économiquement, une grande partie de «Risk» ou «Monopoly», jouée par de véritables généraux. Encore ici, à mon avis, les Chinois ne sont pas moins libres. N’oublions pas que les États-Unis sont ceux qui ont déclaré le plus de guerres, sans raison, faisant le plus de dommages collatéraux que quel qu’autre pays sur cette planète dans les 50 dernières années. Depuis 30 ans, la Chine a surtout pris de l’expansion économiquement, sans envoyer son armée, sans oublier l’oppression au Tibet, à Hong Kong et dans la mer de Chine, des miettes comparativement aux invasions américaines. Toute chose étant égale, je me garderais une petite gêne si j’étais Donald Trump.

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Source: https://www.fbi.gov/news/pressrel/press-releases/fbi-and-cisa-warn-against-chinese-targeting-of-covid-19-research-organizations

https://allianceforscience.cornell.edu/blog/2020/05/evidence-of-covids-natural-origin-mounts-even-as-conspiracy-theory-about-chinese-lab-refuses-to-die/

https://www.cidrap.umn.edu/news-perspective/2020/05/scientists-exactly-zero-evidence-covid-19-came-lab

https://www.arte.tv/fr/videos/097011-000-A/chine-le-monde-d-apres/

https://www.reuters.com/article/us-usa-trade-china-rareearth-explainer/u-s-dependence-on-chinas-rare-earth-trade-war-vulnerability-idUSKCN1TS3AQ

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Jean-François Hotte

Jean-François Hotte

Entrepreneur, voyageur, avec un intérêt pour les sciences sociales et la technologie.

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