Écris à propos des belles choses

La semaine dernière, une personne me disait: «tu aurais plus de lecteurs si tu écrivais à propos de sujets moins déprimants», «tu devrais faire comme l’autre chroniqueur là […] il a bien plus de likes que toi sur Facebook.»

Ce n’est pas la première fois qu’on me fait une remarque du genre.

Récemment, une amie me disait: «Écris à propos des belles choses.», «tes sujets politiques sont trop deep.»,  «la vie est déjà assez difficile comme ça», «dis ce que le monde veut entendre!» J’ai roulé des yeux longuement, en calant la dernière gorgée d’un Old Fashion trop cher. Chaque fois qu’on me dit une sottise du genre, j’ai comme un petit goût de vomi dans la gorge. Si seulement, j’écrivais pour divertir, plaire et vendre des livres.

Je comprends que la routine est chiante et que nous sommes de plus en plus axés sur le divertissement, l’évasion, les voyages, le sport, la liberté, les bars, la drogue, l’alcool et les festivals de musique électronique. Qui ne voudrait pas passer sa vie sur une plage, Piña Colada à la main, loin des cons et des problèmes. Au diable, la politique, le pessimisme et la tyrannie. Il faut bien vivre et s’amuser, pendant qu’on le peut encore. Hélas, ce qui m’agace de cette mentalité que j’adopte souvent et qui ressemble à une capitulation sociale, est que pendant ce temps la montée de l’extrême-centre, du fascisme, de l’exclusion, de la post-vérité et des faits alternatifs continuent de se propager et d’empester nos sociétés. Le laissez-faire politique est une mort à petit feu.

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On commence seulement à penser lorsque nos rêves passent de: «vendre son bungalow à Longueuil pour se louer un condo sur l’île des Soeurs» à «devoir se couper une main pour éviter la conscription ou choisir quel enfant on va nourrir demain.» Je crois qu’à nouveau dans l’histoire, nous sommes rendus là. Je crois qu’elles servent à ça les guerres, remettre les choses en perspective, arracher le confort des gens. Comme disait l’autre, discrètement, tout le monde attend la fin du monde. Tout le monde ensemble sur la même marche.

Il y a quelques mois, quand j’écrivais sur les dangers de Trump, on me répondait que j’exagérais, que rien n’allait arriver, qu’il n’allait pas mettre son plan à exécution. Aujourd’hui, les assureurs privés et le gouvernement ne paiera plus pour l’avortement des femmes. Terminé l’assurance médicale et le financement de la recherche sur les changements climatiques. Trump a d’autres idées, il veut tripler le financement de l’armée américaine. C’est aussi la fin de l’immigration musulmane et des réfugiés aux États-Unis. Sans oublier, le mur de la honte qui amorcera sa construction à la frontière du Mexique. Quel délire. Ce néo-fascisme inspire même plusieurs politiciens en Europe. C’est cette division qui nous mènera à la guerre. Ça sent la violence et la haine à plein nez. Pour être franc, j’ai peur de ce qui pourrait arriver. Je n’irai pas m’improviser soldat pour une bande de cons à genoux devant la télé. C’est toute la planète qui devrait combattre le gouvernement de Trump et la montée du fascisme.

Les raisons de lutter, elles du moins, restent toujours claires

J’admets qu’il est facile d’être cynique. Il est normal de n’en avoir plus rien à foutre de la politique. C’est presque compréhensible. Mais ça ne veut pas dire que c’est le comportement à adopter devant la situation. Du moins, si le progrès veut encore dire quelque chose, si nous voulons le meilleur pour les générations futures.

«Il vient de ce qu’on ne connaît plus ses raisons de lutter et si, justement, il faut lutter. Les pages qui suivent disent simplement que si la lutte est difficile, les raisons de lutter, elles du moins, restent toujours claires.» ACTUELLES Chroniques 1944 -1948 – Albert Camus.

À quoi bon lutter, lorsqu’un politicien psychopathe peut être élu dans un système électoral corrompu, et faire reculer le progrès en claquant des doigts? À quoi bon lutter lorsque des millions de femmes marchent dans les rues de Washington sans être entendus? À quoi bon lutter, après des milliers de marches, de parades et de manifestations? Il faut l’admettre, nous reculons et c’est tout le système que nous devons changer. Aujourd’hui, après une simple élection, les politiciens peuvent effacer le passé et décider pour nous de ce qui est bon et mauvais. J’imagine qu’il faut continuer à écrire, dénoncer et lutter.

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Écris à propos des belles choses

Il ne faut jamais oublier que ces «belles choses» de la vie sont seulement accessibles en temps de paix. Il ne faut jamais arrêter le combat devant les tyrans. C’est toujours en temps de paix que les peuples deviennent imprudents et naïfs, les plus grandes révolutions technologiques ou sociales sont survenues après les guerres, l’apogée, l’Homme est ainsi fait. S’il y a une chose qui se répète dans l’histoire, c’est la servitude volontaire jusqu’à tant qu’une guerre éclate. L’homme est-il condamné à répéter les mêmes erreurs? C’est si triste et si beau en même temps. Les gens se réveillent seulement au bord du gouffre et devant la fatalité. Quelque part dans les rangs d’une armée, larme à l’oeil, l’arme à l’épaule, en réfléchissant au passé, dans une usine ou en pleurant dans un uniforme moche, les pieds trempés.

«Écris des belles choses.» Tabarnac. Je ne joue pas de la trompinette. N’est-ce pas des belles choses que nous faisons au cinéma hollywoodien et à la télé? Du bonheur en canne, une fausse réalité, des contes de fées et des images du paradis pour arriver à passer à travers. Non, la vie n’est pas si belle que ça, elle est belle parfois, sans plus. La neige est lourde, l’hiver est dur, les humains sont menteurs, le progrès social s’effrite, la technologie est déshumanisante. Janvier. Non. Je n’ai ni l’intérêt ni l’inspiration  pour écrire des trucs joyeux ou drôles en ce moment. À mes yeux, ce sont les moins belles choses qui sont importantes actuellement, si nous voulons survivre, si nous voulons progresser.

Dans ce monde, il y a les gens heureux et les gens tristes. Et la plupart des gens tristes font semblant d’être heureux. C’est comme ça. Nous sommes complètement impuissants devant les élus, nos sociétés sont encarcanées. Société de droit et justice, mon cul. Encore une fois, dans l’histoire de l’humanité, ce seront les grandes guerres qui nous rappelleront à quel point la paix est douce et confortable. C’est seulement dans l’horreur que nous arriverons à capter l’attention des gens. Allez, tout le monde au boulot lundi, vos patrons vous attendent. La vie continue.

2 réflexions sur “ Écris à propos des belles choses ”

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