Le masculinisme et la culture du viol

Si vous ne le saviez pas déjà, les garçons ne sont pas tous des hommes roses ou des féministes qui dénoncent les inégalités fondées sur le genre. Une panoplie d’hommes voient encore les femmes comme des proies sexuelles et conçoivent le rapport entre les sexes comme mon arrière-grand-père. J’ai longtemps été le dernier des demeurés, le gars qui pouvait boire plus que les autres dans des concours de calage, celui qui était prêt à tout pour faire rire ses amis et pour obtenir le respect de sa meute. J’étais aussi celui qui angoissait à la sortie des bars, si je ne réussissais pas à quitter avec une fille accrochée à mon bras, parce que mes amis allaient parler juste de ça le lendemain. Encore hier, un vieil ami du secondaire m’a appelé. Après trente secondes, il m’a demandé avec qui je « fourrais » ces temps-ci, pour lui c’était une question anodine comme : « pis, comment va ta mère ? » ou «as-tu hâte que la saison de football commence?» Je n’ai même pas eu le temps de répondre à sa question qu’il me racontait déjà, avec fierté, ses récentes prouesses sexuelles. La conversation n’a pas duré longtemps.

Cette culture masculine existe. Ce n’est ni un mythe ni une conspiration féministe contre les hommes virils, au grand désarroi de Sophie Durocher. Des conneries avec mes amis, j’en ai faites. Et ce n’est pas parce que tous les gars en font, que ça devrait être normal, que c’est ça être un gars, que c’est acceptable dans une société si on a un pénis entre les jambes. Les conneries de jeunesse, je les ai toutes faites. Courir tout nu sur un terrain de golf par un beau dimanche ensoleillé. Crier comme King Kong suite à une relation sexuelle dans une villa de Bali pour faire rire mes amis. Me faire passer pour un étudiant en médecine à dix-huit ans pour coucher avec une avocate à Cuba. Désolé maman, ton fils était ben niaiseux. Les gars, on est ben niaiseux ! Il y a surtout de nombreuses histoires de mes semblables que je ne peux pas raconter, pour ne pas faire déshonneur au « Bro Code. » Comme un alcoolique, j’ai dû faire un sevrage de toutes ces conneries de jeunesse et je crois qu’on ne porte pas suffisamment d’attention à ce problème. La compétition sexuelle chez les hommes existe et est banalisée. La culture du viol existe et est tout autant banalisée. Ce sont deux concepts différents qui proviennent des mêmes racines.

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J’ai joué au football américain pendant sept ans, du secondaire, jusqu’à la troisième année du cégep. L’influence d’un groupe masculin dans un sport est très puissante, pour ne pas dire omniprésente. Cette pression sociale pousse les hommes à commettre des gestes qu’ils ne feraient pas autrement, simplement pour se faire accepter par le groupe. J’ai vu des femmes sous l’influence de l’alcool coucher avec des hommes, seulement pour être acceptées par les autres. J’ai vu des femmes qui se faisaient traiter de prudes par leurs amis, parce qu’elles n’avaient pas une vie sexuelle aussi active que « les autres. » J’ai côtoyé des gars qui faisaient usage de harcèlement psychologique envers les filles pour parvenir à leurs fins, et ce, avec l’aide de la puissance du groupe. J’ai vu des hommes agressifs avec des filles aussi, parce qu’ils se sentaient humiliés devant leurs amis. Et puis, il y a aussi les filles qui recherchaient éperdument le désir et le besoin d’être aimées. Ces filles étaient souvent les plus saoules dans les partys, toujours prêtes à coucher avec le premier venu. Nous connaissons tous ce genre de personne dans nos groupes d’amis, mais soyons clairs, en aucun cas, une femme « mérite » d’être violée si elle n’a pas le contrôle d’elle-même. En aucun cas, une femme ne devrait avoir une part de responsabilité dans un crime aussi horrible. Pourtant, la société et les juges ne semblent pas l’accepter. L’homme semble profiter d’un privilège dans ces crimes douteux, celui de la présomption d’innocence, celui de la femme consentante, celui de l’homme victime de lui-même. Il faut parler de culture du viol, mais il faut aussi parler d’hyper sexualisation, en mettant en garde les jeunes face à la banalisation de ces problèmes. Il faut aussi se regarder le nombril comme humains: les beuveries, la pornographie, les stéréotypes et la culture populaire (films, vidéoclips) sont devenus quelque chose… d’étrange.

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J’ai toujours ressenti un malaise devant le comportement de mes acolytes. Cette obsession d’être accepté par la meute a fait partie de ma vie jusqu’au moment où je suis passé à autre chose. J’en avais plus qu’assez d’aller boire dans les bars chaque weekend avec mes amis pour qu’ils me racontent avec qui ils avaient « scoré » la veille ou pour apprendre « qui avait couché avec qui », qui était devenu le mâle alpha du troupeau. Il y a seulement cinq ans, j’avais des amis qui comptabilisaient leurs « kills » sur des feuilles de papier dans des compétitions. J’ai toujours trouvé ça pathétique et homosapien comme pratique. Heureusement, pour certains, nous vieillissons, la pression du groupe et l’opinion des autres deviennent moins importantes. Aujourd’hui, il n’y a rien que je trouve plus ennuyant qu’une gang de gars qui parle de cul dans une chambre de hockey la graine à l’air. Je ne me suis jamais senti dans mon élément dans ce genre d’endroit. C’est peut-être parce que j’ai passé ma vie avec une mère monoparentale et une sœur plus jeune.

S’il existe une culture du viol chez les hommes, il y a fort à parier que la pression sociale du groupe et le comportement bestial font partie du problème. Surtout dans les cas de viol sur les campus universitaires américains. Le profil psychologique du violeur est complexe, le « dominateur » est le cas le plus fréquent selon le groupe de recherche Soutien Aux Victimes d’Agressions Sexuelles (SAVAS). « Le violeur utilise le viol comme traduction d’un besoin de puissance, de domination, d’agressivité, d’humiliation, de contrainte, de maîtrise ou l’expression d’une colère. Pour lui, le viol est une prise de pouvoir. Dans ce cas, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le violeur qui abuse de sa victime ne le fait pas pour avoir assouvir ses pulsions sexuelles ou avoir des relations sexuelles. Ce type de violeurs n’est pas animé de pulsions sexuelles irrépressibles. Le sexe est une composante du viol, mais il ne s’y résume pas. Il est un moyen pour agresser, mais pas le but. L’acte sexuel n’est ici qu’un moyen d’affirmer sa puissance, sa virilité, de dominer, d’humilier, d’avilir, de se venger, de salir sa victime. C’est tout ceci qui anime les actes du violeur. » C’est ici que les universités doivent prendre leurs responsabilités, en conscientisant les étudiants, pas simplement en bannissant l’alcool sur les campus. Mais par dessous tout, les violeurs doivent répondre de leurs actes, les juges et les doyens d’Université doivent les tenir responsables.

football

Enfin, depuis la sentence bonbon de Brock Turner, je me suis posé plusieurs questions sur la culture du viol, ce fléau dans des campus américains, mais aussi ici au Québec avec mes expériences personnelles. Je recommande à tout le monde de visionner le documentaire The Hunting Ground, un film sur la culture du viol dans les campus universitaires américains. Ce film a complètement changé ma vision des choses. Je crois que si nous voulons collectivement trouver des solutions pour contrer la culture du viol, nous devons tout d’abord avouer qu’il y a un grave problème de culture sexuelle chez les étudiants. Devant les faits, l’éducation sexuelle semble de plus en plus essentielle, il faut conscientiser les équipes sportives dans les écoles. Il faut aussi tenir les violeurs responsables de leurs actes. Hélas, cette sentence de trois mois accordé à Brock Turner est un recul pour le droit des femmes, cette sentence affirme une fois de plus, qu’un viol ce n’est pas grave et que les conséquences sont infimes. Il faut arrêter de protéger les vedettes sportives qui commettent des viols, ces mêmes hommes qui sont les idoles des autres étudiants. Il y a tellement de faussetés qui circulent sur la consommation d’alcool, ces histoires que les femmes doivent se fermer les jambes, que c’est normal que les hommes veuillent avoir des relations sexuelles lorsqu’ils sont saouls. Il faut se poser la question : pourquoi 97 % des violeurs ne vont pas en prison aux États-Unis ? Je crois que nous avons une grande responsabilité dans ce dossier, messieurs. La prochaine fois que vous vous retrouverez dans un bar ou un party, il faudrait arrêter de glorifier le plus imbécile du groupe. Il faudrait aussi arrêter de rire de celui qui a une sexualité moins forte que la vôtre.


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13 réflexions sur “ Le masculinisme et la culture du viol ”

    1. Justement l’auteur est nombriliste. Il juge tous les hommes à partir de sa petite condition et de sa petite vie d’ancienne racaille misérable. La culture du viol n’existe pas. Aucune culture ne fait la promotion du viol. Si l’auteur s’est comporté comme un con auprès des jeunes demoiselles, c’est peut-être parce que les parents n’ont pas fait le boulot comme il faut. Ce que décrit l’auteur, ce sont des comportements de gamins victimes du marché de la consommation qui impose ses codes moraux en Occident. Si la culture du viol existait, tous les hommes seraient des violeurs potentiels. Cet article est donc de la pure foutaise venant d’une personne qui a certes muri, passant d’une racaille à une personne raisonnée mais qui ne s’est pas assez cultivé pour sortir de sa propre condition.

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  1. Merci pour ce très très bon texte ! ( les photos aussi )
    Je rappelle souvent sur mon mini-blog mon hypothèse , qui est aussi ma conviction , que ce comportement selon moi est exactement celui de la plupart des grands-mammifères qui vivent sous la poigne de mâles , et femelles  » dominants  » -tes : il y s ‘ agit bien d ‘ une compétition où il s ‘ agit d ‘ être le +  » fort  » , la +  » forte  » , le premier ou la première –
    Tous les vivants ne vivent pas de cette manière – tant s ‘ en faut –
    L ‘ espèce humaine – très particulière s ‘ il en est – a peut-être ceci de spécial que peut-être tous les humains ne vivent pas selon le modèle que tu décris – que peut-être certains humains et humaines vivent l ‘ amour et le sexe d ‘ une toute autre façon –
    Ce faisant , on découvrira certainement avec ravissement et surprise 1000 autres manières d ‘ aimer et de faire le sexe .
    Amicalement , Charles , de Sète – France –
    http://mondeindien.centerblog.net/

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  2. Waouh, bravo pour ce témoignage sur la cause des femmes qui subissent involontairement un viol et que l’on prend trop souvent comme responsable … L’affaire est trop souvent étouffer, pourquoi?, parce que la majorité des policiers sont eux même des hommes ???, et manquerait d’un véritable discernement ?, que les représentants de la justice sont aussi des hommes ???
    A partager un maximum 👈✌🙏👍👉

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  3. Salut Jean-François Hotte.
    Là tu tombes dans mes talles. Je vais partager avec toi et tes lecteurs.trices quelques réflexions sur ton texte. Moi aussi je trouve qu’il est pertinent et courageux ; il faut brasser un peu le pommiers des gars. Comment expliquer ceci ? Il y a trois manières. La culture, à cause de la société patriarcale les hommes ont tout les droits. Ces comportements sont le résultat d’une construction, d’un discours. Il y a celui de la psychologie évolutionniste ; c’est une adaptation – sur le plan des gènes – que nos ancêtres ont développé au Pléistocène mais qui est en porte à faux puisque nous ne vivons plus dans cet environnement ; et une cousine celle du gène/égoïste de Dawkins nous sommes des supports pour que nos gènes se reproduisent. Finalement l’Interaction gènes/culture. Je penche davantage vers cette explication. Nous sommes aussi, n’en déplaise aux féministes, culturalistes et aux tenants des sciences sociales, le produit de l’évolution. À l’aide de la biologie humaine comportementale nous savons que les hommes et les femmes ont des stratégies comportementales différentes. Pour une femmes copuler n’a pas les mêmes conséquences que pour un homme. L’investissement n’est pas le même. Elle doit porter, allaiter, sevrer et éduquer un enfant qui ne sera autonome qu’après plusieurs années. L’homme, il lui en coûte moins. Il copule et c’est terminé. Ne n’oublions pas nous sommes des mammifères et plus particulièrement des primates et comme tout êtres vivants nous cherchons à survivre et à nous reproduire. Pour nous les gars ces stratégies sont plus simples. Nous cherchons inconsciemment à disséminer nos gènes le plus possible. Or, il nous en coûte moins à nous qu’aux femmes. À ceci nous avons à cause de nos capacités cérébrales développé des croyances, des discours, des mythes et j’en passe. C’est la culture. Or, lentement avec la sédentarisation nous en somme venus à considérer les femelles comme du bétail, des objets qui servaient à nouer des alliances, etc. À cela tu peux aussi ajouter une louche de culture masculine. Pour être un gars inévitablement tu DOIS être validé auprès des autres hommes. Tu dois montrer que tu es un homme, en faire la démonstration ; c’est une des tares de la construction de l’identité masculine. Ce n’est pas un processus d’intériorisation, un cheminement de détachement des croyances mais un mimétisme – pour ceux qui veulent parcourir ce chemin parfois ardu et souvent souffrant de la virilité – l’adhésion au Boys club. Ici je simplifie beaucoup je veux faire ça simple. La crise des gars ou de la masculinité c’est la remise en question de cet habitus évolutif culturel. Comme solution ? Il faut montrer une autre image des gars à travers la publicité, les médias, le cinéma, le sport. Les gagnants, les guerriers, les vainqueurs ce sont ces idées, entre autres choses, qui conduisent à cette culture du viol. Ici je ne parle pas de retour au féminin chez l’homme c’est une profonde aberration. Le féminin et le masculin participent à construire et figer des comportements inadaptés. Genre féminin ou masculin ? Ou davantage d’humanité chez les hommes ? Mais aussi chez les femmes ? Nous vivons une révolution sans précédant dans notre courte histoire qui s’étale sur 200 000 ans. Mais quelle révolution ! Le jour où les hommes, les primates masculins auront transcender ces croyances et comportements le monde sera meilleur.

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    1. « L’homme, il lui en coûte moins. Il copule et c’est terminé. Ne n’oublions pas nous sommes des mammifères et plus particulièrement des primates et comme tout êtres vivants nous cherchons à survivre et à nous reproduire. Pour nous les gars ces stratégies sont plus simples. Nous cherchons inconsciemment à disséminer nos gènes le plus possible. Or, il nous en coûte moins à nous qu’aux femmes. »

      « http://www.the-savoisien.com/blog/index.php?post/Esther-Vilar-L-Homme-subjugue
      « L’esclave, dit-elle, c’est l’homme. Dès sa jeunesse, on lui apprend à respecter celle qui est sa mère, celle qui sera sa compagne et la mère de ses enfants. La femme se sert de son sexe pour le dominer. Elle satisfait les appétits charnels de l’homme pour qu’en échange, il la nourrisse, l’entretienne et »élève les petits de sa femelle« . Il faut donc, désacraliser la femme, la voir telle qu’elle est : spécialisée dans la prostitution légale, dans l’artifice et la rapacité. »

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