Dallas. Quand on se compare, on se console.

Dallas. Nuit de jeudi à vendredi. À la suite du décès d’Alton Sterling et Philando Castile, une manifestation violente a éclaté. Cinq policiers sont morts, douze policiers blessés par balle. Un sniper comme suspect. C’était prévisible. Le quotidien aux États-Unis.

Je pense à ces deux hommes qui sont morts et aux autres avant eux. Je pense aussi à ces familles qui ont laissés allez leur père travailler, en temps supplémentaire, et qui ne sont jamais rentrés chez eux. Un autre triste chapitre de l’histoire américaine. Nous sommes là, confortables dans nos salons à commenter, nous les spécialistes en intervention policière. Chaque fois c’est pareil, des débats houleux, des vies humaines emportées, des policiers pointés du doigt. Une situation tragique, des problèmes sociaux qui s’aggravent depuis plusieurs années aux États-Unis.

Beyoncé a une réponse à ce problème «Stop Killing Us.» Est-ce aussi simple ? Depuis quelques mois, j’ai un certain malaise avec cette chanteuse. Cette manière d’instrumentaliser ce sujet à des fins de marketing, au Super Bowl ou dans son vidéoclip appelant à la révolte des noirs contre les policiers. Je trouve ça surréaliste. Dénoncer le racisme, le profilage raciale et la brutalité policière, d’accord. Monétiser le tout avec une campagne de marketing, pas certain de l’éthique derrière le message, Queen B.

Tout d’abord, ici au Québec, nous sommes à des kilomètres de comprendre la réalité policière aux États-Unis. Les quartiers défavorisés de Montréal, ce ne sont pas les quartiers défavorisés de la Louisiane ou de Oakland.« Les gens pensent que le profilage racial est pire aux États-Unis, mais les jeunes noirs de Montréal sont deux fois plus susceptibles d’être arrêtés que les jeunes Blancs », dit Will Prosper, cinéaste et porte-parole de Montréal-Nord Républik. J’aimerais bien que cet homme explique la démarche scientifique pour aboutir à une telle conclusion? Deux fois, vraiment ? Jusqu’à présent, en juillet, 19 personnes sont mortes aux États-Unis, tués par des policiers, dont 9 blancs et 5 noirs, principalement dans le sud du pays, là où la culture des armes, la violence et la pauvreté sont rois. Notez que la mort de ces hommes blancs n’ont pas fait les manchettes, des drogués, des criminels, des gens qui ont résisté à leur arrestation, qui ont mi-en danger la vie des policiers. La libre circulation d’armes à feu aux États-Unis complexifient les interventions policières, elles beaucoup plus difficiles au sud de la frontière.

Capture d’écran 2016-07-08 à 03.23.51

Selon The Guardian, jusqu’à maintenant en 2016, il y a eu 279 blancs tués par des policiers, 136 noirs et 88 hispaniques. Proportionnellement, aux États-Unis, les policiers tuent neuf fois plus souvent d’hommes noirs que d’hommes blancs. La disproportionnalité est bien réelle. Malgré qu’ils représentent seulement 2 % de la population, les Afro-Américains mâles âgés entre 15 et 34 ans comptent pour plus de 15 % des morts, de toutes les enquêtes en brutalité policière. Pourtant, je suis de ceux qui croient que lors de ces interventions policières, le racisme ne représente qu’une rare partie de l’équation.

J’ose me baigner, avec cette question qu’il ne faut pas poser, ce sujet qu’il ne faut pas parler. Est-ce que ce 2 % de la population est plus violent, plus gangstérisé, plus dangereux que le reste de la population âgée entre 15 et 34 ans ? Les statistiques en criminalité affirment que oui. Malheureusement. La criminalité, la pauvreté et le gangstérisme sont plus présents là où il y a de la pauvreté. Ce n’est pas une question de race, ce n’est pas parce qu’ils sont noirs, c’est le résultat de décennies de ghettoïsation et de racisme aux États-Unis. C’est le résultat de grandes inégalités, d’un système carcéral pourri. Il suffit d’écrire Dallas ou Louisiana Ghetto sur YouTube, pour comprendre le quotidien de certains policiers dans ces quartiers défavorisés. Je suis conscient que certaines de ces victimes étaient complètement innocentes. Aussi. Il faut faire la part des choses. Je sais très bien que dans le nombre, il n’y a pas seulement des hommes noirs, pauvres, non-éduqués, vivant à Harlem. On s’entend.

Somme toute, pourquoi y a-t-il plus de noirs tués par des policiers que de blancs ?

J’en tremble déjà. Quel tabou ! À mon avis, en tant que vulgaire commentateur, ce drame représente beaucoup plus le reflet d’une société malade qu’un cas de racisme singulier. La culture de l’arme à feu, le 2e amendement, la révolte devant l’autorité, les gangs de rues, la droite conservatrice, le racisme collectif et la pauvreté sont tous des facteurs qui pèsent dans la balance. En prémisse, j’écrivais que les noirs étaient ghettoïsés, stigmatisés, stéréotypés. Les employeurs privilégient les blancs à compétence égale, le racisme existe. Absolument.

De l’autre côté, est-il possible que certains policiers travaillent désormais dans des conditions exécrables avec une population de plus en plus violente aux États-Unis ? Avez-vous déjà marché dans un ghetto, dans des quartiers peu recommandables. À Détroit, par exemple, à Tampa Bay ou à Syracuse. Je m’ennuyais de ma mère.

Et puis, il y a cette culture. Tous ces psychopathes, ces tueurs de masses, cette politique à la sauce Trump. Il y a tant de questions sans réponses lorsqu’on parle du phénomène Black lives matter. Est-ce que les policiers sont davantage violentés qu’auparavant ? Est-ce réellement du racisme, lorsqu’un homme noir résiste à son arrestation et qu’il ne veut pas coopérer ? Lorsque la vie d’un policier est en danger. Sous l’uniforme, il y a des humains, des pères de famille. Ce soir, des policiers sont morts dans l’exercice de leurs fonctions. D’après vous, est-ce que le climat entre les policiers et la population va s’améliorer ? De nos jours, quel est le rapport entre un policier et un citoyen ? J’ai des doutes, peu de réponses, mais ce qui est clair, c’est que les États-Unis connaissent un terrible déclin social.

black lives matters

Indéniablement, il y a des policiers racistes aux États-Unis, tout comme il y a une communauté noire qui déteste les policiers. Certainement, il y a des policiers qui ont assassiné des noirs aux États-Unis par pure méchanceté. L’inhumanité existe sous plusieurs formes. J’y crois aussi. Mais le nombre doit représenter une infime minorité, beaucoup moins grande que celle que Beyoncé nous présente. Ce que je sais, pour avoir côtoyé et travaillé avec plusieurs policiers dans le passé, pour avoir suivi des formations sur le sujet et surtout pour avoir débattu avec nombreux agents de la paix ; une intervention policière, c’est très rapide ! Il n’y a pas de policiers qui ressentent du bonheur, du plaisir à tirer sur un homme, à tuer. J’en ai la certitude. Mais nous n’en sommes plus là. Le problème est rendu ailleurs. La relation entre les policiers et la population est de pire en pire, c’est le baromètre d’une société malade. Révoltée. À mon avis, la situation va se détériorer grandement, ce rapport haineux entre les policiers et les jeunes Américains, c’est un cercle vicieux très malsain.

Enfin, jusqu’où un peuple qui s’appauvrit, un peuple en colère peut-il allez ? Ne soyez pas surpris, si un jour, la situation se dégénère davantage, si la population prend les armes contre l’autorité et le gouvernement. Nous sommes choyés, nous les commentateurs de l’actualité. Notre indice du bonheur à Montréal est beaucoup plus élevé qu’en Louisiane. La situation est bien différente ici. Je pense aux manifestations contre la brutalité policière, ici, au centre-ville, j’écoute Will Prosper nous dire que le profilage racial est deux fois plus élevé à Montréal qu’en Louisiane. Je me dis qu’on mélange plusieurs concepts. En rien, ce qui ce passe aux États-Unis se rapproche de ce qui ce passe ici. Je trouve ça dommage que certaines personnes transpose cette extrême violence aux États-Unis, ici à Montréal pour donner du poids à leurs arguments, à leurs dénonciations.

Quand on se compare, on se console.


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2 réflexions sur “ Dallas. Quand on se compare, on se console. ”

  1. C’est un cocktail de violence: brutalité policière, racisme, système carcéral privé déconnecté de la réhabilitation, pauvreté, culture des armes à feu, etc. On peut s’interroger aussi pourquoi les agents de la faune ne tue jamais les ours en liberté perdus en pleine ville…

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  2. Plusieurs situations négatives menant à des meurtres car ça en est, commencent par la liberté de porter une arme sur soi. Si cet homme assassiné n’avait pas eu à dire qu’il portait une arme dans le cas où personne n’en aurait eu le droit, ce policier «trop sur les nerfs» n’aurait pas eu à craindre pour sa vie et probablement, fort probablement, il n’aurait jamais fait feu sur cet homme. Les noirs ont raison d’être en christ contre les policiers blancs, mais une revanche n’est certainement pas une solution. Les américains n’ont qu’eux-mêmes à blâmer en premier lieu avec cette loi qui permet le port d’une arme. Comment se fait-il qu’au Canada ces situations n’arrive pas où à tout le moins, beaucoup beaucoup moins souvent (ce qui n’est pas plus excusable)? Ici il existe des cas d’agressions par des policiers, mais des meurtres je ne m’en souviens pas. Et avec les caméras et téléphones cellulaires, les agressions sont de plus en plus rares… Des excuses auprès des noirs ne suffisent même pas à effacer leur douleur et je les comprends…

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