Changement de cap. Dégustateur de vin.

J’ai quitté mon emploi la semaine dernière, épuisé par le quotidien, les responsabilités. Se lever à six heures du matin, retourner à la maison, s’endormir sur le divan, la route, le trafic et la routine. Quel ennui, mes amis! Il y a quelques bouleversements dans ma tête, je me sens comme une jeune fille vers l’âge de douze ans, sans la peur de l’inconnu.

Dans la même semaine, j’ai planté une pancarte à vendre devant ma propriété, elle côtoie toutes les autres dans les rues. On dirait qu’elles se parlent entre elles, du passé et des secrets de tout le monde. De tout et de rien. «Mon propriétaire moi, il se masturbe chaque soir, dans le sous-sol, pendant que sa femme dort dans la chambre», «Ha oui, moi la bonne femme, elle trompe son mari, depuis trois mois!», «Calmez-vous les gars, moi j’ai une bonne famille, très heureuse qui vit ici, le troisième petit s’en vient bientôt!» Derrière ces pancartes, à l’intérieur des fenêtres, il y a des histoires, des changements, des écœurements, des grossesses et des divorces aussi. C’est la vie.

J’ai vendu mes vieux cossins, mes objets de valeurs qui s’empoussiéraient dans les garde-robes. Une accumulation d’objets dans les tiroirs, des vieux souvenirs, des bouts de papier. Ça me fait toujours rire, je suis tombé sur de vieux cahiers, de vieilles lettres d’amour, des mésaventures et des sornettes. Ces lettres de mes premiers amours, de vieilles histoires que j’avais oublié, des gribouillages, des projets d’avenir, des plans d’affaires, des budgets. Quelle motivation, j’avais ! Quel enthousiasme ! Un grand rêveur, un peu naïf, juste suffisamment. Le temps finit toujours par nous rattraper. Dans mon cas, je reviens toujours à la case départ, partir, écrire, de nouvelles rencontres. Voyager.

Je  me suis ouvert une bouteille de vin et la mélancolie est vite redevenue une histoire du passé. Je n’ai jamais su quoi faire dans la vie, c’est la même raison qui m’a poussé à allez vivre à Fort McMurray. Quelques années plus tard, j’ai démissionné. Un bon emploi. C’était dans le milieu de l’urgence avec un fonds de pension, des avantages sociaux, ça fait déjà quatre ans. J’ai quitté le Québec pour l’Asie, les meilleures semaines de ma vie. Vous auriez dû voir la déception dans les yeux de ma mère. Mais pourquoi tu ne retournes pas à l’Université, tu as toujours des A! Veux-tu bien me dire ce que tu fais de ta vie,  ton frère a un enfant, une carrière, ta sœur attend son deuxième…

Je m’excuse maman, il y a quelque chose de mort en moi, qui me maintient au lit au lieu d’obtenir des diplômes. On est tellement confortable, couché dans un lit. N’est-ce pas? Je n’arrive pas à vaincre cette absurdité, ce questionnement, cette pesanteur sur mes épaules. Après Fort McMurray, j’ai quitté cet emploi dans la fonction publique québécoise, c’était bien, c’était douillet. La banque me respectait. La sœur, de la tante de la cousine de ma grand-mère aussi. C’était tellement emmerdant avec ces patrons pseudo-gestionnaires, qui nous réprimandaient, qui étaient là, parce qu’il fallait inventer des postes pour superviser, pour nous, les mécréants, les exécutants. On ne sait jamais trop pourquoi, ils sont là ces patrons, avec leurs salaires beaucoup trop élevés, sans les compétences nécessaires. Ça y est, je suis encore bougon.

Qu’est-ce que je disais? Ha oui! Je disais n’importe quoi. Je suis en train de vendre mes possessions. Tout. Je suis un homme choyé, je me suis retrouvé dans mes projets d’écriture, dans un racoin de ma chambre. Quelques personnes d’affaires m’ont offert des contrats, les détenteurs de papiers. Des contrats, pour moi le petit gars qui a toujours rêvé d’écrire des livres, des histoires, dans les journaux. Le minimum. Suffisamment d’argent pour acheter le nécessaire, de la nourriture, un logement et quelques voyages, je l’espère. C’est terminé ces grandes ambitions entrepreneuriales, ce luxe, ces responsabilités. J’en ai la certitude maintenant, ce n’est pas moi le prochain Elon Musk. Je suis assoiffé de liberté. Assoiffé. J’ai probablement utilisé ce mot, asséché par le tiers d’une bouteille de Cabernet Sauvignon. D’accord je l’avoue, la moitié. C’est ma nouvelle profession, je teste des vins.

J’ai décidé de me concentrer sur ce qui me permet d’avancer dans la vie, l’écriture, les voyages, le sexe, la cogitation, le fromage, le vin. Je ne sais pas où la vie me mènera, je redeviendrai probablement pauvre, mais je m’en fou, c’est le dernier de mes soucis. Enfin, aujourd’hui, je suis heureux, je vois un peu de soleil à l’horizon. Merci de me lire, ça me fait plaisir.

Sayonara !


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9 réflexions sur “ Changement de cap. Dégustateur de vin. ”

  1. Bonne chance dans ta nouvelle orientation. Je souhaite que ta liberté ne deviendra pas ta nouvelle prison car on peut être prisonnier de sa liberté comme on peut être prisonnier de son travail, de ses obligations. Je continue à te lire car à l’âge de 24 (j’en ai actuellement 75), j’ai tout jetté dehors pour être libre. J’ai hâté de te relire. Encore, bon chemin….

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  2. Merci d’écrire!
    Comme tu sais, pour chaque personne qui écrit, il y en a des dizaines qui lisent et qui disent «moi aussi!», mais qui aimeraient avoir les mots pour le dire.

    Tu me rappelles énormément moi. Travaillé dans l’Ouest canadien, vécu en Asie, beaucoup de talent, mais sans plan de carrière, aime dormir, trainant trop souvent une lourdeur à l’âme, aime griffonner des plans et aimerait écrire. Moi je l’ai faite, l’université, mais regarde où ça m’a mené: je suis aussi pris dans le métro-boulot-dodo à maugréer contre des gestionnaires dont toutes les idées sur comment gérer des « ressources humaines » leurs ont été enseignées aux HEC…

    Fais attention avec le métier de testeur de vin. Ça devient vite une passion. Exile-toi plutôt à nouveau, si c’est tout ce qui te retient.

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  3. Touchant. Suivre ses rêves,ça demande énormément de courage. Je suis heureux pour toi que tu aies pu trouver l’essence de ce qui te fait vibrer. Plus de gens devraient prendre le temps de sentir ce qui est vrai pour eux, et oubliant pendant un instant le regard et les attentes des autres.

    Je crois que c’est Steve Harvey qui disait que ça servait à rien d’avoir un bon crédit si t’es accroché un salaire de pitance dans une job de marde.

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  4. Touchant. Suivre ses rêves,ça demande énormément de courage. Je suis heureux pour toi que tu aies pu trouver l’essence de ce qui te fait vibrer. Plus de gens devraient prendre le temps de sentir ce qui est vrai pour eux, et oubliant pendant un instant le regard et les attentes des autres.

    Je crois que c’est Steve Harvey qui disait que ça servait à rien d’avoir un bon crédit si t’es accroché un salaire de pitance dans une job de marde.

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  5. C’est exactement ce que la vie nous dit de faire tout au fond de nous-mêmes, cette espèce de voix profonde qui mène à nous. J’en suis au même stade, le choc des jambes qui vont plus et qu’on prothèse et tout bascule. En février juste un utile pour avoir un toit et dormir au calme avec ma blonde, puis le reste en écriture.
    La Suisse vous tend les bras si vous y passez. Ce n’est de loin pas un peuple drôle, l’Italie crie en moi, mais au moins vous ne dépenserez rien en hôtel, et j’aurais ben du fun à lâcher des jasettes avec vous !

    Bien à vous, sûr l’écriture vous rattrape déjà !

    LC

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  6. Wow ! c’est ce que j’appelle avoir des couilles d’acier trempé pour avoir le courage de faire ce qui nous plait dans la vie et de ne pas avoir peur peur peur… Bonne route !

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