La belle intention du salaire minimum à 15 $.

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple?

Depuis quelques jours, la question du salaire minimum à 15 $ (que Manon Massé de Québec Solidaire s’est réappropriée) fait couler beaucoup d’encre.

Ma prémisse, il ne faut pas tout rafistoler et penser que le salaire minimum est une solution magique pour réduire l’écart entre les riches et les pauvres. En surface, en apparences, c’est une bonne intention. En profondeur, c’est une question beaucoup plus complexe qui a déjà fait l’objet de nombreuses études en Europe et aux États-Unis. Les économistes de gauche comme de droite sont très divisés sur cette question. À preuve du contraire, les résultats ne sont pas concluants.

Hier, on apprenait que le Parti Québécois appuyait l’étude de cette question avec quelques astérisques, dont celle-ci : « Notre objectif est d’offrir le salaire minimum le plus élevé possible, dans la mesure où cela ne se traduit pas par une diminution du nombre d’emplois disponibles pour les travailleuses et les travailleurs. » En effet, dans la mesure, est-ce possible?

Je suis certain que les députés du Parti Québécois sont divisés sur cette question. Cet appui inusité semble plus stratégique qu’autre chose, les aspirants à la chefferie veulent tisser des liens avec Québec Solidaire et les partis souverainistes, eux, veulent montrer de l’ouverture sur les idées de gauche.

Aux dernières nouvelles, le PLQ est toujours majoritaire avec 71 sièges sur 125. Les conseillers économiques des libéraux et la communauté des affaires sont contre l’idée, unilatéralement. Dans les faits, je crois que ce projet de loi ne verra jamais le jour. Malheureusement, c’est plus une campagne de charme et d’apparences.

L’exemple de Seattle

Une hausse du salaire minimum se traduit souvent par des pertes d’emplois et une hausse de l’inflation. Les économistes, somme toute, semblent s’entendre sur cette causalité économique.

Avec toutes les meilleures intentions du monde, la ville de Seattle a tenté l’expérience du salaire minimum à 15 $. Les résultats? Des pertes d’emplois, une hausse de l’inflation et des prix à la consommation, principalement dans l’économie locale, par exemple, dans les commerces et en restauration.

Selon le Seattle Metropolitain Statistical Area, 700 emplois ont été perdus entre janvier et septembre 2015 en restauration seulement. Le tourisme a également connu une mauvaise année.

Avant de parler de salaire minimum à 15 $, il faut analyser les sphères de l’économie de Montréal et Québec. Beaucoup de restaurants, une industrie touristique en santé, beaucoup de festivals et de spectacles, une économie essentiellement de services. Je ne peux même pas m’imaginer les effets d’un salaire minimum à 15 $ pour Montréal. Vous trouviez que ça allait mal sur le Plateau ou sur Sainte-Catherine? Combien de commerces fermeraient avec un salaire minimum à 15 $/h? La question se pose.

Justice sociale, mais pas pour les ainés

Il faut se poser la question : « Pourquoi est-ce que le salaire minimum au Québec a connu une lente progression? » La croissance de l’économie du Québec est en mode « tortue » depuis 15 ans.

En 1971, il y avait 7,8 travailleurs pour chaque Québécois de 65 ans et plus. En 2010, cette proportion était de 4 travailleurs pour 1 retraité, et en 2030, on comptera uniquement 1,9 travailleur pour 1 retraité. C’est ce qui ressort d’un rapport publié en septembre 2011 par la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus, pour le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale.

Une autre problématique importante, avec le salaire minimum à 15 $/h, c’est la situation de nos retraités. Eux, ils n’obtiendront pas plus d’argent pour leur retraite, leurs économies sont « budgétées » selon le passé, pas l’avenir. Une hausse de l’inflation appauvrirait nos aînés d’une manière injuste. Et ça, ce n’est pas très solidaire.

Plusieurs études démontrent que nos aînés s’appauvrissent présentement et qu’ils survivent presque tous grâce au Supplément de revenu garanti (SRG). En 2013, 1 Québécois sur 2 touchait le SRG. Le SRG est un excédent versé si le revenu annuel des 65 ans et plus ne dépasse pas 16 368 $. En d’autres mots, 1retraité sur 2 fait moins de 16 368 $ annuellement et la situation se détériore.

Réduire le pouvoir d’achat des retraités gonflerait la facture des coûts sociaux et des coûts en santé. Les retraités consommeraient moins, ce qui n’est pas bon pour la croissance économique, le cycle de la vie comme on appelle, dans le jargon.

Les gens de Québec Solidaire négligent complètement cette problématique dans leur démarche. Pendant que tous les prix vont monter autour des aînés, le SRG, lui, ne montera pas, leurs économies non plus. Encontrepartie, leurs dettes, le taux d’intérêt sur leurs prêts, eux ils vont monter. L’inflation provoque la hausse des taux d’intérêt, car la valeur de la monnaie s’effrite.

Qu’en est-il des loyers?

Une hausse du salaire minimum est sans aucun doute synonyme d’une hausse des prix des loyers. Montréal déborde d’étudiants qui verraient leurs revenus monter. Les taxes municipales, et tout le reste de l’engrenage suivrait.

Si les gens de Québec Solidaire veulent réellement réduire l’écart entre les riches et les pauvres, ils devraient regarder ailleurs. À mon avis, ce n’est pas une mesure aussi progressiste, moins qu’en apparences.

Des pistes de solutions?

Il y a tellement d’autres solutions pour réduire l’écart entre les pauvres et les riches! En commençant par des mesures de couverture sociale pour les plus pauvres, nos retraités et une partie de la classe moyenne.

– Réduction des coûts des biens et des services essentiels, d’électricité, des programmes sociaux pour réduire les coûts liés aux services d’un optométriste et aux soins dentaires. Selon la capacité de payer.
– Réduction progressive des frais scolaires, bonification du programme de bourses.
– Lutte contre l’évasion fiscale (réforme des lois fiscales).
– Réduction des prix des médicaments pour nos aînés, avec la fondation de Pharma-Québec.
– Équilibrage des services essentiels selon la capacité de payer des gens.
– Bonification des crédits d’impôt et des investissements chez les créateurs d’emplois qui innovent, mais surtout qui participent au progrès économique et social en réduisant les coûts des besoins essentiels.

Enfin, si on veut réduire les inégalités et l’écart entre les riches et les pauvres, il faut regarder ailleurs. Les enjeux de demain au Québec sont surtout liés à l’efficacité et à la diminution des dépenses. Quelque part dans « l’utopie » des énergies renouvelables, des transports en commun modernes et la recherche en santé.

Dans un autre ordre d’idée, des entrepreneurs de Toronto ont récemment lancé un service de consultations en ligne par vidéoconférence entre patients et médecins. Akira. Terminé les files d’attente. De la maison, il est maintenant possible de consulter un médecin et obtenir une prescription. Un moyen efficace pour débloquer nos urgences? Il y a plein de pistes de solutions, ça prend seulement des leaders avec une vision de l’avenir pour prendre des décisions et investir, non seulement dans un mandat immédiat, mais aussi pour les décennies à venir.

5 réflexions sur “ La belle intention du salaire minimum à 15 $. ”

    1. Lou as-tu le salaire minimum? Facile pour un fonctionnaire, même si le salaire n’augmente pas les loyers nourritures augmentent à tout les ans. Boulot salaire minimum souvent job de femme…. Boff.. Ça ne me concerne pas

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  1. OUi ! Bien sûr mais qui veux travailler au salaire minimum? Voilà la question? Comment aider ceux qui gagne ce salaire de misère à sortir de leur misère justement et retrouver une certaine fierté. Car il y a aussi beaucoup d’humiliation pour ceux qui travaillent au salaire minimum. Et très souvent ils ont très peu de droits, et de portes de sortie!

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  2. Et si on coupait la poire en deux : 13$ comme salaire minimum.
    Un article récent dans l’actualité évaluait que ça serait un seuil acceptable pour le Québec en fonction des revenus moyens par habitants.

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  3. Merci pour ce billet nécessaire. Il faut bien saisir tous les enjeux du salaire minimum à 15$. Malheureusement, Québec solidaire fait de la «politique de médias sociaux» (pour reprendre les termes d’un certain Bachar Al-Assad à propos d’Obama). La méthode est simple: 1) déposer une motion à l’improviste que les partis d’opposition vont refuser d’appuyer; 2) se poser comme le seul parti qui se porte à la défense des démunis.

    Le grand absent du débat – jusqu’à ce que JF Lisée précise la position du PQ – était l’échéancier de cette hausse. Veut-on faire cette augmentation sur 1, 2 ou 5 ans?

    Aux éventuels problèmes mentionnés ci-haut, j’ajouterais le décrochage scolaire. Payer 15$/h le plongeur de 16 ans d’une cabane à patate frites n’a aucun sens. Le cinéaste Martin Frigon a fait un bon discours en 2012 concernant les Laurentides. Les jeunes trop bien payés de l’économie des services vont frapper un mur dans 10 ans, après avoir dilapidé leur paie sur des accessoires de Honda Civic. Un bon salaire de départ ne se traduira pas nécessairement par des hausses pour les gérants, chefs cuisiniers et autres personnes ayant de l’ancienneté. Élever une famille ne sera pas plus facile qu’avant.

    Enfin, il faut tenir compte non seulement des écarts de richesse et pauvreté dans une même ville, mais d’une région à l’autre. Le coût de la vie à Montréal et à Québec n’est pas le même qu’à Thetford Mines. Mettre la barre trop haute pourrait tuer la relance des régions, et réduirait l’élasticité naturelle qui pousse déjà beaucoup d’employeurs de Montréal à offrir un peu plus que le salaire minimum actuel.

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